Bernard Drainville

Merci!

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Bonjour tout le monde,

Je vous remercie tous d’être venus. Il n’y a pas de façon facile de dire ce que je m’apprête à dire maintenant : je vous annonce que je quitte aujourd’hui mon poste de leader de l’Opposition officielle et de député de Marie-Victorin pour relever un nouveau défi. Ce n’est pas une décision que j’ai prise sur un coup de tête. Je l’ai mûrement réfléchie.

Le départ de Pierre Karl, je ne vous le cacherai pas, m’a donné un coup. On formait un tandem, une équipe. Je comprenais notre direction, je comprenais le rôle que je devais jouer et j’adhérais complètement à la vision de Pierre Karl. Son départ a été un peu mon signal de départ. Il est temps de passer à autre chose.

Je pense que j’ai été un bon soldat, un bon député, un pas pire ministre et un bon leader de l’Opposition Officielle. L’idée du service public a toujours été au cœur de mon engagement. J’ai toujours dit que le journalisme, c’était mon service public. Et que la politique, c’était la continuation de mon service public, mais autrement.

Je pense que le temps est venu de retourner à mes anciennes amours : le monde des communications. Je vous confirme que j’ai accepté, avec enthousiasme, de me joindre à l’équipe du 93,3 FM à titre de co-animateur de l’émission du midi. J’aurai une grande liberté, je pourrai m’exprimer sur tous les sujets sans craindre de mettre dans le trouble mon parti!

Je pense que je vais avoir du plaisir à partager mes idées, à parler aux auditeurs, à partager mon expérience d’homme politique, à montrer les dessous de certaines décisions, à expliquer les jeux de coulisses et à vulgariser la politique. Je pense que je peux être utile dans ce rôle-là. Que Cogeco m’offre une tribune comme celle-là est une chance que je ne peux pas manquer. Ce n’était pas quelque chose que j’avais prévu. En tout cas, à court terme. Il y a un alignement de planètes et j’en viens à la conclusion que c’est là que je pourrai être le plus utile pour la suite des choses. Franchement, j’ai très hâte de relever ce nouveau défi.

Vous me connaissez maintenant. Après presque 10 ans de vie politique, vous savez qui je suis. On ne peut pas constamment être sous les feux de la rampe sans rester vrai. Ce n’est pas long que le monde voit au travers de toi si tu n’es pas vrai. Pour moi, la vie est un combat, mais la vie politique l’est encore davantage. Y’a des matins, je mettais ma ceinture qui fait cling-clang, qui fait un bruit métallique, et j’avais l’impression que je revêtais mon armure, avant de descendre dans les tranchées avec mon épée pour combattre les hordes libérales. J’admets qu’il y a un petit côté chevaleresque et idéaliste là-dedans mais je m’assume complètement. J’assume mon côté combattif, pugnace, un peu sport extrême. J’aime quand ça brasse, parce que c’est comme ça qu’on fait avancer des idées. Mais je ne suis pas sûr que ce type de politique soit dans l’air du temps. Pis c’est correct.

Dans le fond, tant qu’à donner des coups dans la Cacanne et avoir des coups de gueule, aussi bien les avoir à la radio. C’est ce que je dis.

Ce qui me chagrine le plus là-dedans, c’est de quitter les gens de Longueuil.

Être député de Marie-Victorin pendant près de dix ans, ça a été une expérience vraiment incroyable. Magique. J’aime vraiment beaucoup mon monde de Longueuil. Ils ne sauront jamais combien je leur suis reconnaissant. Ce qu’on a accompli ensemble, ce que j’ai pu voir d’engagement, de générosité, de dévouement dans ce comté-là, ça dit de belles choses sur le Québec et les Québécois. On est du monde qui se tient. Ça existe, la solidarité. J’en ai été témoin à tous les jours à Longueuil, dans Marie-Vic.

Et je veux dire aux gens de Longueuil : je vous aime et je vous remercie pour la confiance que vous m’avez témoigné au cours des dix dernières années, dont quatre élections. Je m’étais vraiment attaché à vous et vous allez me manquer. Mais il faut que je m’en aille. Il faut que je redéfinisse mon engagement dans le service public. J’ai beaucoup donné, puis je peux encore beaucoup donner mais pour l’avenir, ce sera ailleurs qu’en politique.

La politique, c’est dur. Surtout de la façon dont je la pratique. On peut me reprocher bien des choses, mais je n’ai pas été un touriste en politique. J’en ai mené des combats.

Et je suis fier des combats que j’ai menés.

Des réformes démocratiques : la réforme du financement des partis politiques qui a mis un terme une fois pour toutes au pouvoir de l’argent et à l’influence des grands collecteurs de fonds.

Cent dollars maximum, c’est démocratique!, et un financement de l’État basé sur les résultats électoraux, un financement proportionnel. Il reste juste à se donner le mode de scrutin qui va avec.

Les élections à date fixe qu’on va expérimenter pour la première fois en 2018.

Le vote sur les campus pour nos jeunes.

La fin des applaudissements pour mettre un peu d’ordre à la période de questions. Je l’ai fait avec tous les autres députés de l’Assemblée nationale.

Et même si c’est les Libéraux qui l’ont fait voter finalement, la fin des primes de départ pour les députés démissionnaires. Je suis heureux de vous confirmer que je n’ai pas droit à une allocation de départ et c’est très bien ainsi, parce que comme je l’ai déjà déclaré mille fois, un député démissionnaire ne devrait pas être récompensé.

Je me suis battu fort pour les faire éliminer les maudites primes de départ pour les députés démissionnaires. Les Libéraux ont bloqué mon projet de loi mais ils ont fini par le voter une fois au pouvoir. Comme quoi il faut ne jamais perdre espoir.

Je suis fier d’avoir contribué à améliorer notre démocratie. Ça a été un beau travail d’équipe. Le 100$ c’était aussi Nicolas Girard, Nicolas Marceau et l’équipe du PQ Marie-Victorin.

Et il y a eu la Charte aussi. Ça a été quelque chose, la charte. Ça a été l’occasion d’un grand débat d’idées au Québec, la charte. La laïcité pour moi, c’est un principe démocratique.

Peu importe qui tu es, peu importe tes croyances, tes origines, peu importe que tu sois une femme ou un homme, peu importe ton orientation sexuelle, peu importe d’où tu viens, tu as droit à tes croyances et l’État doit protéger ton droit d’avoir tes croyances ou tes non croyances.

C’est pour ça que j’ai dit que la laïcité était la gardienne de la diversité. Diversité des croyances, des religions. La laïcité comme protectrice de la liberté de conscience. La laïcité garante de l’égalité entre tous les citoyens. Est-ce que elle était exigeante la charte? Trop exigeante? Je ne trouve pas. Quand tu es au service de tes concitoyennes et concitoyens, c’est ton service public qui doit primer, pas tes convictions ou tes croyances personnelles. Alors oui, la laïcité procède d’une conception exigeante du service public. Je ne m’en excuserai pas. J’ai une conception élevée du service public.

Cette diversité de croyances que j’ai voulu protéger avec la laïcité, elle correspond exactement à ma conception de la nation québécoise. Tous Québécois, toutes Québécoises, peu importe notre provenance ou la couleur de notre peau.

La diversité du Québec d’aujourd’hui, c’est une richesse. C’est l’une des grandes forces de notre identité. On est une nation avec des Québécois qui viennent de partout dans le monde. Je trippe là-dessus. Mais cette identité, cette diversité, elle a aussi besoin d’une fondation commune. C’est notre langue, c’est notre culture, c’est notre histoire, c’est nos valeurs, c’est l’égalité homme/femme. Et j’ai voulu que ce soit aussi la laïcité. Et je note que rien n’est réglé et que cette bataille-là devra continuer.

Et j’ai confiance qu’un jour, les Québécois vont en arriver à la conclusion que la meilleure façon d’assurer la pérennité de notre identité, de notre nation, c’est l’indépendance. Et ce jour-là, je serai là et je vais servir comme je l’ai fait toute ma vie.

Si j’ai été un bon député, un bon ministre et un bon leader, en tout cas, au mieux de mes capacités, c’est parce que j’ai été bien entouré.

La politique, c’est un sport d’équipe, faut jamais l’oublier.

Tout ce travail pendant tout le temps que j’étais à l’Assemblée nationale, je n’aurais pu le faire sans des gens loyaux, intelligents, dynamiques, du maudit bon monde. J’ai eu une équipe dans ma circonscription absolument extraordinaire, des équipes parlementaires dévouées et deux cabinets formidables : Stéphane, Martine, Lysiane, Catherine, Diane, Amélie, Marie-Hélène et Francesca. Louise Andrée, Eric, Manu, Julie-Maude, Mathieu, Bryan, Jacques et Gilbert mes sous-ministres, Raffie, Simon TD, Carl et Geneviève. Merci. C’est grâce à vous si on a été bons. Sans oublier la gang exceptionnelle de ma course au leadership avec FloFLo, Gobi, Marie-Michelle, Serge, Marc et tous les autres.… Je ne changerais personne. C’était parfait. Merci à mon monde. Vous êtes du monde solide et je vous aime vraiment beaucoup.

Je suis fier d’avoir été un député du Parti Québécois. C’est un grand parti qui a fait tellement de grandes choses. C’était mon rêve d’être un député du PQ, de ce parti qui nous a donné René Lévesque mon héros, et qui nous a donné de grands chefs comme Parizeau et Bouchard, et des chefs que j’ai aimés comme Pauline Marois, Pierre Karl Péladeau et mon ami Sylvain Gaudreault.

Je suis fier aussi d’avoir été d’un parti qui compte sur les militants les plus extraordinaires qui soit. En particulier ceux de Marie-Victorin.

Je ne quitte pas pour des raisons familiales. Mais en cette journée un petit peu triste pour moi, je vous admets que je suis heureux de retrouver ma famille. Mon Lambert, ma Rosalie, mon Matisse qui n’est pas présent parce qu’il est en examen. Et ma Martine.

Je ne quitte pas pour des raisons familiales mais je suis resté grâce à des raisons familiales. Sans le soutien inconditionnel de Martine, jamais je n’aurais pu durer en politique. Y’a pas une journée où elle n’ait pas été là. Aimante, forte, généreuse. Tout ce que j’ai pu faire en politique, c’est grâce à toi Martine. Tout.

Quand j’étais à l’Assemblée nationale, tu allais aux rencontres de parents, tu te tapais le souper, les devoirs, le barouettage aux pratiques de soccer, de hockey et tout le reste. Parce que moi je ne pouvais pas. C’était ton militantisme. C’était ta façon de donner au Québec. Merci Pitchoune, je t’aime vraiment beaucoup.

Aujourd’hui je rentre à la maison et je vais être capable d’en faire un peu plus. Je suis notamment, un excellent laveur de vaisselle. Mais je sais que t’aimerais ça que je cuisine un peu plus.

On va travailler là-dessus.

Merci tout le monde.

Bernard Drainville