Un grand brassage d’idées pour les jeunes familles

Et si au lieu de s’attaquer aux jeunes familles on décidait de trouver ensemble des moyens de leur faciliter la vie? C’est ce que je veux faire en vous lançant un appel ou plutôt non, une invitation. Une invitation à tous les Québécois de bonne volonté qui veulent participer à un grand brassage d’idées collectif pour qu’on puisse, comme société, faciliter la vie des parents de jeunes enfants, faciliter la vie de nos jeunes familles.

Je vous demande de partager votre expérience, vos exaspérations, vos suggestions, vos idées. Je suis convaincu qu’avec un tel brassage d’idées et avec notre intelligence collective, nous trouverons des solutions pour soutenir et aider concrètement nos jeunes familles à souffler un peu.

Des parents m’ont déjà suggéré des pistes de solutions qui ont inspiré ces 4 idées pour faciliter la vie des parents de jeunes enfants :

1. Le financement des services de garde : aller chercher l’argent à Ottawa plutôt que dans la poche des parents

2. Donner du temps aux parents : une vignette pour les voies réservées

3. Un accès rapide et plus facile aux soins de santé pour les jeunes enfants

4. Un peu de répit : des journées mobiles de congé famille payées

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Le ras-le-bol des parents

Depuis des années et des années, à force de fréquenter les terrains de soccer et les arénas avec mes trois enfants, j’ai jasé avec des centaines de parents. Ils me connaissent, ils savent que je fais de la politique et ils en profitent pour témoigner de leur bonheur d’avoir fondé une famille, mais aussi de leurs exaspérations.

C’est la décision du gouvernement Couillard de chambarder le programme de service de garde et d’imposer un impôt famille qui aura été le déclencheur d’un ras-le-bol de nombreux parents. Les parents québécois de jeunes enfants sont furieux, déçus, découragés pour certains.

Ils ont l’impression que le gouvernement et, à quelque part, la société, les laissent tomber. Ils m’ont parlé du fait qu’ils payaient déjà leurs impôts, leurs taxes, qu’ils s’occupaient de leurs enfants – « on s’occupe de l’avenir du Québec à quelque part » – qu’ils essayaient d’avancer dans leur vie professionnelle. « On manque déjà de temps, on court tout le temps et là, ils veulent nous assommer avec une facture d’impôts de 2 000 piastres!?! »

Les mères le prennent particulièrement mal. Voici un extrait d’un courriel que j’ai reçu de la maman de deux jeunes enfants de 4 ans et 2 ans :

« Nous, les femmes, gagnons moins que nos conjoints. Nous croulons encore sous les responsabilités, nous sommes plus souvent qu’autrement les chefs des familles monoparentales, nous avons de la misère à nous trouver un emploi parce que les employeurs ont peur que nous tombions enceinte…Il me semble que la vie est assez compliquée comme ça et que nous assumons déjà suffisamment de coûts en lien avec les grossesses et la gestion familiale. Le gouvernement libéral pourrait-il nous foutre la paix deux minutes et préserver les programmes qui, collectivement, nous font progresser vers l’égalité/équité (que nous n’avons toujours pas atteinte d’ailleurs!!!)? »

Voilà qui résume bien l’exaspération des parents et des jeunes mamans en particulier.

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Il faut soutenir celles et ceux qui élèvent nos enfants

Le Québec a besoin de ses enfants. Tout le Québec, toute la société a besoin de ses enfants. On le sait, notre principal défi économique est d’ordre démographique. Et puis, ceux qui vont payer en bonne partie nos retraites, nos soins de santé dans l’avenir, ce sont ces jeunes parents et leurs enfants. C’est sans parler de tout le bonheur, de toute la vie que procurent les enfants à une société, à nos communautés. Le gouvernement du Québec, l’ensemble de la société québécoise et chacun de nous devraient tout faire pour les aider, les soutenir, leur faciliter la vie. Être solidaires de nos jeunes familles, il me semble que c’est le minimum pour une société. Tout le contraire de la politique libérale, tout le contraire du signal que vient d’envoyer le gouvernement Couillard aux jeunes familles.

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De la parole aux actes

J’ai demandé aux parents qui m’ont interpelé de me donner des idées. « Aidez-moi à vous aider. » On constate rapidement que cette génération a une grande soif de s’exprimer et beaucoup d’idées à partager.

En 2011, alors que le cynisme atteignait des sommets, j’ai lancé une consultation auprès de la population qui m’a amené à lancer 10 idées pour redonner du pouvoir aux citoyens. Cet exercice n’a pas été vain puisque deux de ces idées ont été adoptées moins de deux ans plus tard à l’unanimité par l’Assemblée nationale : les élections à date fixe et le financement public des partis politiques qui met fin à la pratique des prête-noms.

Je vous propose de faire le même exercice de brassage d’idées aujourd’hui, cette fois, en faveur des jeunes familles. Comment pouvons-nous, comme société, faciliter la vie aux parents québécois de jeunes enfants? Je suis convaincu qu’avec un brassage d’idées collectif, avec toutes nos intelligences mises ensemble, nous allons trouver des solutions simples pour aider notre monde.

Déjà, plusieurs parents m’ont soumis leurs idées. Avec mon équipe, nous n’avons bien sûr pas les moyens d’un gouvernement pour analyser en profondeur chacune de ces idées. Je n’ai pas toutes les réponses. Mais l’important, ce sont les principes et les idées. Et avec de la bonne volonté, nous sommes capables de trouver les bonnes solutions.

Voici donc quatre idées pour faciliter la vie de nos jeunes familles. Quatre idées concrètes, que je mets sur la table, pour en débattre, et que je vais défendre sur la place publique au nom des parents de jeunes enfants.

1. Le financement des services de garde : aller chercher l’argent à Ottawa plutôt que dans la poche des parents

La première concerne évidemment le financement des services de garde. Le gouvernement libéral justifie sa décision d’imposer un impôt aux jeunes familles par la nécessité d’équilibrer le budget du gouvernement. À mon avis, le dernier endroit où aller chercher de l’argent, c’est dans la poche des parents de jeunes enfants. Alors, si le gouvernement veut aller chercher de l’argent, sans débâtir le réseau des CPE et sans que ça coûte un sou aux parents, qu’il aille le chercher à Ottawa.

Selon les chiffres du ministère des Finances, les parents québécois perdraient chaque année 149 millions de dollars aux mains du gouvernement fédéral. Comme société, nous avons fait le choix de nous donner des services de garde éducatif à tarif réduit pour les parents. Cette politique, saluée par l’OCDE*, fait en sorte que les crédits d’impôt pour frais de garde demandés par les Québécois sont beaucoup moins élevés que dans le reste du Canada, où les frais de garde sont beaucoup plus élevés. Résultat : le gouvernement fédéral économise des millions sur le dos des familles du Québec.

Si Ottawa refuse de négocier, le gouvernement du Québec doit, quant à lui, trouver une façon d’aller chercher notre argent à Ottawa. Le CPE pourrait, par exemple, fournir une facture aux parents avec le coût réel d’une place pour qu’ils puissent aller chercher leur déduction fiscale à Ottawa. Il y a certainement un moyen d’aller chercher notre juste part à Ottawa sans pénaliser les parents québécois.

L’idée : que le gouvernement libéral retourne à la planche à dessin et nous revienne avec une proposition qui respecte deux principes : le même prix pour tous et aucune augmentation nette pour les parents au-delà de 9 dollars par jour avec indexation. Si le gouvernement Couillard s’obstine à piger dans les poches des parents, on ne le lâchera pas d’une semelle.

2. Donner du temps aux parents : une vignette pour les voies réservées

On m’a soumis une idée simple, mais qui pourrait faciliter la vie de nombreux parents de jeunes enfants. Extrait : « Un de mes plus grands stress dans la vie, c’est d’arriver en retard à la garderie parce que je suis prise dans le trafic après le travail. J’ai souvent la tentation de prendre la voie réservée, mais je n’ai pas les moyens d’avoir une contravention. Est-ce qu’il n’y aurait pas moyen de nous permettre d’emprunter les voies réservées, au moins au retour du travail, pour arriver à temps à la garderie? Il me semble que c’est pas trop demander. »

Pourquoi pas, en effet? Un des défis des parents de jeunes enfants, c’est le manque de temps et le stress qui viennent avec ça. On se lève, on nourrit les petits, on fait le lunch, on se prépare à aller au boulot. On fait notre journée de travail, on court à la garderie, on prépare le souper, on fait les devoirs des plus vieux, on les couche et ouf!

Certains diront que ça risque d’encombrer les voies réservées, que c’est injuste d’accorder un tel privilège aux parents et d’autres se demanderont comment on fait ça. Essayons-donc pour voir avant d’élever des objections. J’attends vos suggestions.

L’idée : donner, à tous les parents ayant la garde d’enfants de 6 ans et moins, une vignette leur permettant d’emprunter les voies réservées entre 15h30 et 17h30 partout au Québec.

3. Un accès rapide aux soins de santé pour les jeunes enfants

« Avez-vous déjà attendu pendant des heures à l’urgence ou à la clinique avec un jeune enfant malade? Un bambin qui crie à pleins poumons pendant des heures? Pas pour une maladie grave, mais pour une infection ou une fièvre élevée? Si c’était pour moi, je prendrais mon mal en patience, comme tout le monde. Mais pour un enfant de 2 ou de 3 ans, y’aurait pas moyen d’accélérer ou de nous laisser retourner à la maison et de nous avertir par téléphone, par texto, par courriel quand c’est notre tour? Il me semble que ce n’est pas si compliqué que ça! »

On me dira que ce sont tous les Québécois qui sont exaspérés par l’attente pour des soins de santé en première ligne. Mais nous devons convenir que les parents manquent de temps et qu’attendre des heures avec un bambin, c’est particulièrement pénible.

Pourquoi ne pas nous inspirer du projet pilote de clinique d’infirmières praticiennes supportée par la FIQ et ouvrir de telles cliniques réservées aux jeunes familles? D’autant que les soins prodigués par les infirmières nous coûtent beaucoup moins cher collectivement que les mêmes soins prodigués par les médecins.

Autre possibilité : instaurer une « heure famille » dans les cliniques sans rendez-vous tôt le matin. Cette heure serait réservée aux familles avec un jeune enfant malade.

Je suis convaincu que de nombreuses autres solutions sont possibles. Creusez-vous les méninges et faites-nous connaître vos idées.

L’idée : Aménager le système de santé pour éviter aux parents d’attendre des heures avec leur jeune enfant dans les cliniques ou à l’urgence.

4. Un peu de répit : des journées mobiles de congé famille payées

« Quand notre enfant est malade, que l’éducatrice est malade ou pour d’autres raisons fréquentes, on ne pourrait pas avoir quelques journées de congé payées pour ne pas être pénalisés à chaque fois ? »

La Loi sur les normes du travail prévoit prévoit déjà 10 jours de congé sans solde pour raisons familiales liées à la garde d’enfants. Dans plusieurs entreprises privées ou publiques, les employés peuvent prendre ce type de congé avec salaire.

Il serait peut-être temps de prévoir des congés payés pour raisons familiales dans le Code du travail. Est-ce que ce devrait être deux jours, cinq jours, dix jours? Il faut évaluer l’impact d’une telle mesure, sur les petites entreprises par exemple. Faut-il limiter cette obligation aux entreprises de 50 employés et plus? Cette mesure pourrait être accompagnée d’un crédit d’impôt pour les entreprises au prorata des jours de congé familial payés par l’employeur.

L’idée : modifier le Code du travail pour ajouter des jours de congés mobiles payés pour raisons familiales aux employés ayant à leur charge des enfants de moins de 12 ans.

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Voilà 4 idées concrètes qui répondent à la vie réelle des parents de jeunes enfants et qui leur permettraient de souffler un peu. J’ai reçu plusieurs autres idées que nous continuons d’analyser et de soupeser.

C’est seulement un début. Je lance un appel aux parents de jeunes enfants, aux spécialistes de ces questions et aux autres : racontez-moi vos difficultés, ce qui vous exaspère et envoyez-moi vos idées à cette adresse courriel : bernard@bernarddrainville.org

Vous pouvez aussi me joindre sur Facebook, sur Twitter et m’interpeler dans la rue pour me faire part de vos histoires, de vos idées et de vos opinions.

Avec les membres de mon équipe, nous allons vous écouter, vous lire attentivement et analyser vos suggestions, vos remarques, vos critiques et je vous reviendrai avec une série d’idées concrètes pour faciliter la vie de ceux qui prennent soin de nos enfants et donc de notre avenir.

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* « Les progrès réalisés au Québec, qui a lancé une des politiques de services éducatifs et de garde à l’enfance les plus ambitieuses d’Amérique du Nord. À lui seul, le Québec représente quelque 40 % des places en garderie réglementée du Canada, et son expérience sera très utile lorsque le Canada élaborera un système de la petite enfance universel et géré publiquement.  (…) Il est évident qu’au plan national et provincial la politique de services éducatifs et de garde à l’enfance du Canada en est encore aux premières étapes. Les services de garde et l’éducation sont encore traités séparément, et la couverture est faible si on la compare à celle d’autres pays de l’OCDE. Au cours des prochaines années, il faudra investir des efforts et des fonds importants dans ce secteur pour créer un système universel correspondant aux besoins d’une économie de plein emploi, assorti de l’équité entre les sexes et d’une nouvelle compréhension de la façon dont les jeunes enfants se développent et apprennent. » http://www.gov.pe.ca/photos/original/HSS_OECD_CN_FR.pdf