Entente entre la clinique privée Rockland MD et l’Hôpital Sacré Cœur de Montréal : l’occasion manquée | Bernard Drainville - Député de Marie-Victorin - Parti Québécois
À l'Assemblée nationale — 21 novembre 2008

De Bernard Drainville, député de Marie-Victorin et porte-parole en matière de santé pour le Parti Québécois.

Le ministre Couillard se félicite de l’entente intervenue entre la clinique privée Rockland MD et l’Hôpital Sacré-Cœur. Il devrait plutôt s’en désoler. En vertu de cette entente d’une durée de 6 mois, le système public (l’hôpital) sous-traite 300 chirurgies d’un jour au privé (Rockland MD). À notre avis, cette entente risque d’affaiblir encore davantage notre réseau public de santé. D’autant qu’elle n’était pas nécessaire. Philippe Couillard sait pertinemment que sur les 12 salles d’opération de Sacré-Cœur, 2 ne sont pas utilisées. Une salle d’opération, c’est 1000 chirurgies par année. En d’autres mots, il aurait suffi que Philippe Couillard active l’une des deux salles « dormantes » de Sacré-Cœur pour traiter les 300 patients qu’il va maintenant transférer à Rockland MD. Pourquoi ne pas avoir financé l’ouverture de l’une des deux salles dormantes plutôt que d’acheter du temps opératoire à la clinique privée Rockland MD ?

Les Québécois investissent annuellement plus de 23 MM de leurs taxes et impôts pour leur réseau de santé et de services sociaux. Avant de sous-traiter des soins vers le privé, il vaudrait mieux rentabiliser au maximum cet investissement public. C’était exactement l’objectif recherché par les syndicats de Sacré-Cœur lorsqu’ils ont proposé à la direction de l’institution, il y a quelques semaines de cela, la création d’un comité de travail. La direction de l’établissement a accepté la proposition syndicale et les deux parties devaient se rencontrer à partir de janvier autour d’un objectif commun : augmenter l’efficacité du bloc opératoire afin d’accroître le nombre de chirurgies pouvant y être pratiquées. Pourquoi le ministre Couillard n’a-t-il pas permis à cette discussion de donner ses fruits en précipitant l’entente avec Rockland MD ? C’est d’autant plus dommage que cet été, employés et administrateurs de Sacré-Cœur ont démontré qu’ils étaient capables de s’entendre. Des employés de l’hôpital, notamment des infirmières ont accepté de rentrer plus tôt au travail afin d’accueillir dès 6h00 le matin, les patients devant subir une chirurgie le jour même. La préparation des patients peut donc commencer plus tôt. Résultat : tous les patients sont à la porte des salles d’opération dès 8H00 au lieu de 8h30. En commençant les chirurgies plus tôt en journée, l’hôpital peut opérer 2 personnes de plus par jour. C’est 450 chirurgies de plus par année. C’est précisément ce type de réorganisation du travail qui peut pallier la pénurie de personnel, d’infirmières en particulier, que Philippe Couillard invoquera pour justifier l’entente avec Rockland MD.

Il aurait mieux valu faire confiance aux artisans de notre réseau public de santé. Les manchettes sur les problèmes du réseau ne doivent pas nous faire perdre de vue l’extraordinaire dévouement des employés qui y travaillent. J’en rencontre beaucoup, comme porte-parole à la santé, et je dois vous dire qu’ils ont l’impression d’avoir été lâchés. Ils ont le sentiment de tenir le système de santé à bout de bras sans beaucoup d’appui de la part de leurs dirigeants. Visiblement, il y a longtemps que quelqu’un n’a pas dit aux artisans du réseau à quel point leur travail est apprécié. Il serait temps de le faire car, sans eux, nous ne réussirons pas à conserver notre système de santé public.

Les grands changements dans les organisations, publiques ou privées, ne peuvent se faire sans le concours des employés. Tous les acteurs du réseau – administrateurs, directions d’établissements, syndicats – doivent faire preuve de bonne volonté pour trouver des solutions nouvelles qui rendront notre réseau de santé plus efficace, plus performant. Nous, au Parti Québécois, croyons en la capacité du secteur public de faire les choses autrement. Nous aurons ainsi fait la preuve que défendre le système public ne signifie pas défendre le statu quo. C’est le patient qui en sortira gagnant car, en définitive, c’est le sort des personnes malades et vulnérables qui doit prévaloir sur toute autre considération.



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