Ce pourquoi nous nous battons | Bernard Drainville - Député de Marie-Victorin - Parti Québécois
Des idées pour le Québec — 06 février 2009

Lundi dernier, le président de la République française a indigné de nombreux Québécois par ses propos très durs envers le mouvement souverainiste. Notamment, il nous a identifié au « sectarisme » ainsi qu’au « repli sur soi ». En tant qu’homme politique souverainiste, cela m’interpelle et me donne l’occasion de rappeler ce pourquoi nous nous battons.

Le mouvement souverainiste québécois aspire à rassembler les Québécois au sein d’une nation indépendante, non pas à les diviser. Et, contrairement à ce que laissent entendre les propos du président de la République, l’accession à l’indépendance constitue pour une nation la meilleure façon d’accueillir l’autre et de l’intégrer en s’enrichissant de sa différence. Pour s’intéresser au monde, il faut d’abord savoir d’où on vient. Pour savoir d’où on vient, on a besoin de solides assises culturelles et linguistiques que seule l’indépendance peut nous procurer.

La cause de l’indépendance québécoise s’inscrit dans la longue lignée de ces nationalismes qui, partout dans le monde, ont été des phares de liberté et de progrès social. Ce nationalisme qui nous caractérise est un nationalisme humain qui vise la préservation d’un espace de liberté, notre liberté. Il vise l’émancipation d’un peuple, d’abord, mais aussi celle des individus qui la composent. Le nationalisme québécois et son aboutissement, la volonté de faire l’indépendance, est basé sur cette conviction que nous voulons partager avec le monde : tout être humain, tout peuple, a le droit au bonheur.

Notre combat s’inscrit ainsi dans la bataille mondiale pour la diversité culturelle et la survie des langues. Comme tout peuple, les Québécois ont le devoir moral de protéger leur identité car, sans elle, nous ne pourrons plus apporter au monde ces innovations uniques que produisent les peuples uniques. Le monde a besoin de l’identité québécoise car certaines réalisations qui transcendent notre commune humanité n’existeraient pas sans elle. Ce singulier alliage de l’Amérique et de l’Europe qu’est le Québec a donné à l’humanité de grandes choses dans les domaines culturel (Cirque du Soleil), industriel (Bombardier), financier (Desjardins) et sert même d’exemple quant à son modèle social (CPE). Imaginez maintenant combien le Québec pourrait contribuer au nouvel ordre écologique avec son eau et ses énergies propres ! Notre peuple apporte quelque chose de beau et d’original à l’aventure humaine et c’est pourquoi il doit durer. Cette pérennité, elle passe par l’indépendance.

Ce n’est pas la première fois que l’on affuble les souverainistes québécois de mots très durs, et ça ne sera pas la dernière. Nos adversaires ont une volonté constante d’obscurcir notre projet, de lui porter ombrage en tentant de nous donner la honte de ce que nous sommes.
Je ne me laisserai pas abattre par de tels propos, car je demeure convaincu que le mouvement souverainiste québécois, ce nationalisme et cette volonté inébranlable de continuer, c’est la parcelle de lumière québécoise que nous devons apporter au monde.

Pour que les nations se respectent et coopèrent, encore faut-il qu’elles se parlent sur un pied d’égalité. Plus il y aura de nations souveraines dans le monde, plus il y aura d’espace pour un dialogue fructueux qui s’enrichira de notre différence. Inversement, plus on voudra effacer ces différences, plus nous diviserons l’humanité en attisant le repli sur soi. Bref, l’indépendance, ce n’est pas du repli sur soi ; c’est au contraire la meilleure façon d’entrer en dialogue avec l’autre et de le comprendre.

Tel est le ferment qui fait que se renouvelle, génération après génération, le mouvement souverainiste québécois. Tel est le sens de mon engagement politique.

Bernard Drainville
Député de Marie-Victorin

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À propos de l'auteur

(2) commentaires des lecteurs

  1. Et bien, là je retrouve le Bernard Drainville que j’ai connu à l’Université. Engagé à bâtir. Ton idole de jeunesse n’aurait pas, à mon avis, signé ton article sur la bataille des Plaines mais il aurait sûrement été fier de signer celui-ci. Il ne m’en manque pas beaucoup pour redevenir souverainiste, des ententes sur le partage des ressources pour assurer le développement et l’avenir des Nations autochtones ainsi qu’un bon plan économique. J’ai beaucoup d’admiration pour toi Bernard. À + comme disent les plus jeunes.

  2. Bonjour M. Drainville,

    J’admire votre leadership et votre grande capacité de vulgarisation du message souverainiste. Ce billet, comme la plupart de ceux que vous publiez ici, est susceptible de susciter l’intérêt de toutes les strates de la population, il est rassembleur.. J’ai 16 ans et je m’intéresse à la cause que vous défendez. Après m’y être penchée sérieusement, j’en suis arrivé à la conclusion suivante :

    Le model québécois, si imparfait soit-il, en est un dont le Monde saurait profiter. Inversement, les québécois gagneraient à s’ouvrir davantage à lui. La situation politique précaire du Québec au sein du Canada, si elle se traduit ponctuellement par de brefs mais fabuleux élans d’enthousiasmes et de changements, maintient le reste du temps sa population dans un état de négativisme dont elle se soustrait difficilement.

    La société unique, pacifiste et solidaire dont je me réclame fièrement, et qui devrait, en toute logique, servir à diffuser de par le monde mon point de vue et mes idées, n’est encore parvenue à ajouter sa voix au concert des nations. Il m’est d’avis que les exemples de société aussi ouvertes, idéalistes et soucieuses de l’environnement et de la paix sont trop rares à l’échelle planétaire pour que la mienne soit réduite au silence.

    En cherchant à instituer la notion selon laquelle il n’existe, et n’a jamais existé de distinction entre les deux peuples qui se sont bâti de chaque côté de la Rivière des Outaouais, le gouvernement canadien a probablement contribué à affermir le noyau qui a longtemps fait toute la vitalité de l’identité québécoise : son esprit de survivance. Mais vient un moment ou cet élément devient néfaste, voir dangereux. C’est ce que René Lévesque affirmait déjà il y a trente ans.

    «Il faut quand même le plus vite possible qu’on trouve la volonté et le bon sens en même temps d’appliquer ce que nous appelons la solution; de cesser – on peut le faire et personne ne peut contester notre droit – d’être une minorité perpétuellement inquiète de sa survivance. Cest un mot malade, «la survivance». On peut devenir un peuple qui est chez lui et qui est sur de vivre. Ça c’est normal.[1]»

    Si l’attachement des Québécois à certaines valeurs progressiste est effectivement reflété dans la société par l’entremise de ses institutions démocratiques et de sa Charte des droits et libertés, chacun comprend que le façonnement d’un idéal de société en fonction des dites valeurs est un travail minutieux et de longue haleine, qui repose nécessairement sur une certaine continuité historique.

    Le régime politique canadien contribue davantage à ralentir l’atteinte d’un idéal de société qu’à l’accélérer, malgré que cette quête de perfection eut constituée l’essence même de l’union des quatre provinces fondatrices du Canada sous une seule et même autorité.

    Malgré une évolution démographique soutenue du Québec depuis la Confédération de 1867, son poids relatif au sein du Canada n’a cessé de régresser.[1] La situation a commencé à être particulièrement critique à partir des années soixante, suite à une baisse de fécondité marquée attribuable à la sécularisation de la société québécoise durant la Révolution Tranquille. Établi à 34% au moment de la Confédération, le poids politique du Québec est aujourd’hui de 24%. Advenant l’implantation du projet de loi C-56, ce chiffre passerait à 22%[1], un pourcentage inférieur à la proportion démographique réelle du Québec au sein du Canada.

    Le Québec, bien qu’évoluant démographiquement à un rythme relativement soutenu et comparable à celui de plusieurs nations souveraines, se voit effectivement imposé, de par son appartenance à la grande alliance politique canadienne, une cadence qu’il ne peut suivre qu’au risque de porter dangereusement atteinte à la protection du fait français.

    Certes, le mouvement souverainiste a aujourd’hui perdu beaucoup de son lustre d’antan. Quoi qu’à bien y penser, c’est peut-être davantage le discours que la cause qui a fait son temps. Bien que l’enjeux lui-même reste bien vivant, le moment serait peut-être bien choisi pour repenser la teneur du message que l’on souhaite transmettre aux nouvelles générations de Québécois, de manière à le rendre plus cohérent aux réalités qui prévalent actuellement. La raison est simple : Les jeunes qui atteignent présentement l’âge de voter n’avaient pas plus de 5 ans le soir du 30 octobre 1995.

    En d’autres mots, les présumés penseurs du mouvement souverainiste ont tout intérêt à ajuster leur message dès aujourd’hui, puisque cet électorat ne leur est dorénavant plus automatiquement acquis. Pour y arriver, ils devront ramener la gauche à l’avant-plan de la scène politique et réitérer leur attachement à la social-démocratie, en s’assurant d’insister davantage sur ce qui les distingue de leur adversaires sur le plan des idées, sans bien sur manquer de souligner ce qui rassemble tous les Québécois collectivement. Les ténors souverainistes devront aussi faire la preuve que l’indépendance du Québec cadrerait efficacement dans le nouveau contexte mondial.

    «Dans le contexte ouvert et mondialisé d’aujourd’hui ou les identités culturelles sont contestée par l’individualisme, la seule voie de sortie est de doter les nations d’une existence collective de nature politique, protégée par de institutions démocratiques et cosmopolites, dans lesquels les droits individuels sont garantis par la citoyenneté. Le projet souverainiste québécois n’est rien d’autre que l’application de ce principe.[1]»

    La seconde différence fondamentale entre ma génération et celle qui la précède en ce qui a trait à la politique est qu’elle n’entretient pas, avec le Canada, une relation amer. our les plus jeunes générations de Québécois, la classique confrontation des deux solitudes n’attise plus que ponctuellement les passions. Hier source de sentiments révolutionnaires, elle se fond aujourd’hui au décor comme si elle n’avait été, finalement, qu’une immuable fatalité du sort.

    Se façonne donc, actuellement, une nouvelle identité propre aux Québécois et dont la dimension canadienne, purement utilitaire, ne suscite ni enthousiasme, ni ressentiment. La jeunesse québécoise, ambitieuse et sans complexe, exploite désormais son potentiel sans demi-mesure. Pour s’accomplir, elle s’anglicise, s’exporte et se mondialise. Elle rêve de nouveaux horizons et pourtant, chaque vingt-quatre juin, elle se fleurdelise. Elle a deux grandes passions – le Québec et le Monde – qui, aujourd’hui plus que jamais s’assemblent et s’harmonisent.

    le Québec se trouve présentement à une croisée des chemins générationnelles et ses Partis politiques, en prêchant aux convertis, tendent à oublier qu’une génération de nouveaux électeurs ne demandent rien d’autre qu’un projet rassembleur dans lequel s’investir.

    La table est donc mise pour un nouveau débat d’idée. Le message souverainiste est plus que jamais supporté par des arguments concrets, clairs et indéniables. Il nous faut maintenant, pour le diffuser, un voix nouvelle, un ou une René Lévesque des temps modernes, un démocrate de cœur et d’esprit prêt à se battre sans compromis. Nous avons besoin d’un politicien d’idéal et de conviction – non de profession – qui saura incarner le Québécois moderne dans toute sa diversité et ultimement lui donner envie de dire OUI au projet de souveraineté.

    Comme disait Oscar Wilde, «Aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le pays de l’utopie n’y figure pas.»

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