Yves Bolduc et les urgences : Comment atteindre un objectif qu’on ne se fixe pas? | Bernard Drainville - Député de Marie-Victorin - Parti Québécois
À l'Assemblée nationale — 19 février 2009

Longueuil, 18 février 2009 – Je vous le confiais précédemment (Quand les coûts explosent et les résultats se font attendre, 11 février 2009) : le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, a désavoué publiquement son directeur national des urgences, le docteur Pierre Savard. La faute du Dr Savard ? Vouloir faire disparaître l’attente de plus de 48 heures sur civière dans les urgences au Québec. Cet objectif, ce n’est pas le Dr Savard qui l’a inventé, mais le gouvernement Charest qui se l’est donné dans le Plan stratégique du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) 2005-2010.

En agissant de la sorte, le ministre Bolduc a désavoué bien plus que son directeur national des urgences ; il a désavoué son propre ministère, qui s’était résolument rangé derrière l’objectif du 0% de 48h d’ici un an. J’ajouterai que ce désaveu a été reçu comme un véritable camouflet par l’ensemble des intervenants du réseau des urgences, comme en font foi les commentaires de l’Association des Médecins d’Urgence du Québec (AMUQ). En effet, le 13 février dernier, l’AMUQ a demandé au ministre de maintenir intégralement les deux objectifs que s’était fixés le MSSS : le fameux 0% de 48 heures et un séjour moyen à l’urgence ne dépassant pas 12 heures. Nous sommes du même avis que l’AMUQ, qui juge le projet « d’amélioration graduelle » de la situation des hôpitaux du ministre Bolduc sans objectif précis, ni échéancier, ni obligation de résultats. » (Communiqué de l’AMUQ, 13 février 2009)

En fait, parler d’ambiguïté pour qualifier la position du ministre constitue un euphémisme ; comment peut-il prétendre viser un objectif, alors qu’il refuse de s’en fixer un ? Dans son entrevue à l’émission Maisonneuve en direct à la radio de Radio-Canada vendredi dernier, le ministre se réfugiait derrière une volonté de transparence et de réalisme. L’objectif de 0% de 48h et plus sur une civière d’ici un an est inatteignable, irréaliste, nous a-t-il dit.

Du Parti Québécois aux médecins d’urgence, personne n’a prétendu que l’atteinte de ce but serait facile. En revanche, cela ne saurait être une excuse pour le rejeter du revers de la main. Le ministre devrait savoir qu’un objectif précis avec un échéancier serré est la meilleure façon d’obtenir des résultats et, surtout, de vérifier si le travail se dirige dans la bonne direction. Une cible, même si elle n’est pas atteinte dans les délais prescrits, est utile, car elle permet de tendre vers un but commun et de faire les ajustements nécessaires si les résultats ne sont pas au rendez-vous. En effet, comment pourra-t-on évaluer la performance du ministre et de sa stratégie pour réduire l’attente dans les urgences si lui-même refuse de se fixer un objectif et un échéancier pour l’évaluer ? C’est un non-sens. Bref, « l’amélioration graduelle », nouvelle cible ronflante du PLQ, ce n’est que de la poudre aux yeux.

Cela ne devrait toutefois pas surprendre quiconque. En effet, les libéraux sont passés maîtres dans l’art de noyer le poisson. En 2003, Jean Charest promettait rien de moins que d’en finir avec l’attente dans les urgences. Quatre ans plus tard, en 2007, son programme électoral faisait du désengorgement des urgences une priorité.

En 2008, aux prises avec un constat d’échec retentissant, le PLQ ne parlait plus des urgences dans son programme électoral. Et maintenant, dernier exploit libéral en la matière : le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux nous apprend, deux mois seulement après la dernière campagne électorale, que les objectifs fixés par son prédécesseur Philippe Couillard en 2005 ne tiennent plus.

La première responsabilité du ministre de la Santé, c’est d’être le capitaine de l’énorme navire amiral qu’est le système de santé québécois. Renoncer à se donner des cibles, c’est se satisfaire du strict minimum. Renoncer à se donner un objectif, c’est renoncer à se donner une destination. C’est naviguer sans gouvernail. C’est abdiquer ses responsabilités et, surtout, manquer à son devoir de leadership.

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(1) commentaire

  1. Bravo pour ce billet.

    Davantage de leadership de la part du tsar de la Santé au Québec est espéré, et il est impératif que la problématique d’engorgement des urgences soit solutionnée. La saison de l’influenza bat son plein en ce moment, et notre système de soins de santé est débordé. Qu’en sera-t-il en temps de pandémie?

    Une infrastructure de santé publique plus solide et bien gérée résisterait mieux au choc que causera une pandémie d’influenza.

    Nous pouvons observer que les décideurs à la tête de l’actuel «navire amiral» qu’est le système de santé québécois manquent de rigueur et de méthode, dans leur manière de gérer les projets. La règle du strict minimum, que vous soulevez dans votre billet, m’apparaît comme étant généralisée à l’ensemble des dossiers.

    Je partage votre opinion à propos de la navigation sans gouvernail. Cela fait des mois que je réclame un plus grand leadership, de la vision, du courage, et de la volonté de la part du chef de la Santé du Québec. Plusieurs observateurs entrevoient que si les dossiers continuent d’évoluer à pas de tortue et que si les responsables demeurent figés dans la torpeur (pour reprendre votre expression de votre billet du 13 février dernier), les Québécoises et les Québécois se retrouveront dans un terrible pétrin, lorsque se déclenchera la pandémie d’influenza. Et elle arrivera. Les pandémies arrivent. Elles sont inévitables. Et la pandémie frappera le Québec, que cela fasse l’affaire ou non des hauts responsables de l’administration, et qu’ils aient eu ou non le temps de s’organiser avant qu’elle ne frappe. Attendez un peu de voir l’état des urgences à ce moment-là…

    C’est pourquoi il est URGENT de consolider, par tous les moyens possibles, l’infrastructure de soins de santé du Québec. Réduire le temps d’attente dans les urgences assurerait une certaine mitigation du système.

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