Réplique à André Pratte (ajout)
Publié le 27 février 2009
Longueuil, 27 février 2009 - Je reproduis ici le commentaire que l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, a publié sur mon blogue suite au billet intitulé « Aux limites de la sottise » :
« Bernard,
Dans ton blogue, tu m’accuses de faire preuve de mépris à l’égard des Québécois et des souverainistes. Je te défie de trouver une phrase de ma part, depuis les huit ans que je suis éditorialiste, où j’affiche du mépris pour le peuple québécois ou pour les indépendantistes. Tu devrais le savoir par nos discussions passées, j’ai un grand respect pour les souverainistes, notamment pour toi. Je suis aussi profondément québécois; je suis fier de ce que nous avons réussi au cours des ans.
Cependant, est-il permis de diverger d’opinion avec ton parti sans se faire accuser de mépriser les Québécois et d’être un «allié objectif» du Canada anglais?
Tu prends comme une marque de mépris mes propos sur la mauvaise gestion, par le gouvernement du Québec, des systèmes d’éducation et de santé. «Si nous comprenons bien M. Pratte, les Québécois seraient de trop piètres gestionnaires pour être maîtres de leurs affaires. Vaudrait mieux laisser le Canada anglais le faire à leur place. Cet argument est particulièrement fallacieux, avec une pointe de mépris envers tous les Québécois, souverainistes et fédéralistes confondus.»
Ce n’est pas du tout ce que je dis. Je souligne simplement que la gestion entière de quelque chose par le gouvernement du Québec ne garantit pas la qualité, comme tu le sais particulièrement bien étant critique de ton parti dans le domaine de la santé. Alors quand vous prétendez que tout irait mieux si le gouvernement du Québec avait l’entière responsabilité du domaine économique, je crois que la preuve est impossible à faire. D’autant plus que dans l’association que vous proposez avec le reste du Canada (à moins que vous ayez abandonné cette idée), la politique monétaire resterait contrôlée par le Canada, puisque nous garderions le dollar canadien comme monnaie.
Quoi qu’il en soit, il me semble que ce débat pourrait se poursuivre sans qu’on tombe dans les accusations personnelles et les procès d’intention. Si la politique ne t’a pas encore trop changé… »
Que les choses soient claires, André. J’ai beaucoup de respect pour ce tu fais. Le fait que nous ayons des désaccords ne change rien à l’estime que j’ai pour toi, estime que nous avons développée l’un pour l’autre, au fil des ans, par des échanges en ondes et hors d’ondes.
Mais si j’ai pris la plume pour répliquer à ton éditorial, c’est que j’ai jugé que tu étais allé trop loin. Prenons le titre de ton éditorial, d’abord : « Une insulte à l’intelligence ». Le ton est donné. Ton argument central, c’est que le PQ prend les Québécois pour des imbéciles. Drôle de façon d’engager un dialogue!
Sache que lorsque tu attaques ainsi mon parti et le mouvement souverainiste, tu attaques de front ses militants, moi le premier. Tu prétends que nous avons déclaré que « TOUT (sic) irait mieux si le gouvernement du Québec avait l’entière responsabilité du domaine économique ». Ici, c’est toi qui fait insulte à notre intelligence. Personne au PQ n’a jamais prétendu que TOUT (re-sic) irait pour le mieux dans le meilleur des mondes et que les crises financières internationales n’affecteraient pas un Québec indépendant ! Je te défie à mon tour : où as-tu lu ou entendu qu’un Québec indépendant constituerait la « recette MAGIQUE » pour surmonter la crise économique actuelle ?
Ce qui changerait, par contre, c’est qu’un Québec indépendant disposerait de tous les leviers pour s’attaquer au problème. Le fait d’être pleinement responsables de nos actions favoriserait la performance, le dépassement de nous-mêmes et l’atteinte des résultats. La pleine responsabilité, c’est le meilleur moyen de pousser l’individu ou sa société à faire plus. À faire mieux.
Sur la santé et l’éducation non plus nous n’avons jamais prétendu que l’indépendance réglerait tous les problèmes « demain matin ». Mais les difficultés que nous vivons dans ces domaines ne sauraient être un argument suffisant pour laisser une partie de nos affaires entre les mains d’une autre nation. Au contraire. Si nous sommes souverainistes, c’est parce que nous faisons suffisamment confiance aux Québécois pour penser qu’ensemble, avec tous les moyens, nous réussirions à mieux faire les choses. À mieux mettre en branle le génie québécois dans toute sa compétence avec une approche plus intégrée, plus cohérente, et qui nous ressemble davantage.
Car c’est d’abord et avant tout un argument en faveur de la liberté et de la responsabilité qui a été présenté par Pauline Marois lors du dernier Conseil national sur la crise économique à Québec. En effet, il en va des nations comme des individus ; il vaut toujours mieux assumer pleinement ses responsabilités et contrôler le plus possible sa propre destinée. C’est parce que je crois à l’indépendance individuelle que je crois à l’indépendance politique. En tant que personnes, nous visons la plus grande maîtrise possible de notre existence, de notre destin. Ce que je souhaite pour chaque Québécois, je le souhaite aussi pour la nation à laquelle il appartient. Nous, Québécois, devons être en mesure de prendre l’ensemble des décisions qui concernent son avenir. Voilà pourquoi il nous faut l’indépendance.
En espérant que nous puissions continuer ce dialogue dans le futur. À la prochaine. Bernard.
P.S. André, il y a un moment déjà que nous n’avons pas eu l’occasion de prendre un bon repas pour discuter. Écris-moi si l’offre t’intéresse.
*5 mars 2009 : j’ajoute ici un courriel que m’a fait parvenir André Pratte en réponse à mon dernier commentaire. Par souci d’équité et de transparence, je le copie intégralement ci-bas :
Cher Bernard,
Permets-moi de relever deux ou trois des questions que tu abordes dans ton dernier mot. Tu dis : «Quand tu attaques mon parti et le mouvement souverainiste…». Attaquer ? Nous sommes dans un débat d’idées, il me semble. Critiquer des idées, en politique, ce n’est pas attaquer. C’est faire le débat.
Sur le fond de la question, tu affirmes qu’un Québec indépendant «disposerait de tous les leviers pour s’attaquer» à la crise économique. Cela n’est pas exact. Selon ce que le Parti québécois a (presque) toujours dit, un Québec souverain serait lié au reste du Canada par une association économique (libre échange, libre circulation des capitaux et des personnes) et conserverait le dollar canadien comme devise. Cela signifie que la marge de manœuvre du nouveau pays serait contrainte par les termes de cette association. La politique monétaire, elle, lui échapperait complètement. Je te renvoie au livre que vient de publier Mario Polèse, qui a étudié ces questions pour le gouvernement Lévesque dans le temps : «Le Québec (souverain) ne disposerait pas de nouveaux outils – je parle d’outils significatifs – de gestion économique de son territoire.»
«Si le Québec était souverain, nous disposerions de tous nos impôts», disait l’autre jour Mme Marois. Bien sûr. Mais à quoi servirait d’avoir tous nos impôts si cela nous privait de sommes importantes ? Tu vas me parler du «budget Legault», mais celui-ci est tout sauf convaincant. D’autant plus que, depuis sa publication, les transferts fédéraux aux provinces ont beaucoup augmenté. D’ailleurs, M. Legault ne devait-il pas publier une mise à jour ?
«Le fait d’être pleinement responsables de nos actions favoriserait la performance, le dépassement de nous-mêmes et l’atteinte des résultats», écris-tu. Je veux bien. C’est pour ça que je te parlais des systèmes de santé et d’éducation, où le gouvernement du Québec est déjà «pleinement responsable de ses actions». Les résultats sont loin d’être concluants. Ça ne veut pas dire que les Québécois sont moins capables que d’autres ; les systèmes de santé des autres provinces, comme ceux de bien d’autres pays, sont minés par les mêmes problèmes que les nôtres. Ça démontre toutefois, à mon avis, que ce n’est pas parce que le gouvernement du Québec a le contrôle total de quelque chose que les choses vont mieux. Je ne vois pas pourquoi il en irait différemment de la gestion de notre économie.
André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse
Catégorie(s) : La Une, Le blogue, Souveraineté


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Commentaires: 1
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