Une erreur historique | Bernard Drainville - Député de Marie-Victorin - Parti Québécois
Des idées pour le Québec — 27 mars 2009

Le premier ministre Charest a décidé de maintenir sa décision de nommer Michael Sabia pdg de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Jusqu’à maintenant, en tout cas. Cette décision est une erreur grave. Peut-être la pire qu’ait commise Jean Charest depuis son élection en 2003, ce qui n’est pas peu dire. La nomination de Michael Sabia pourrait avoir des conséquences incalculables sur l’économie du Québec, sur la protection de nos sièges sociaux, sur notre capacité d’être maîtres chez nous, bref, sur notre souveraineté économique. De l’ADQ à Québec Solidaire en passant par d’anciens membres du conseil d’administration de la Caisse et des sources anonymes au sein même du PLQ, les Québécois sont, à juste titre, consternés par l’erreur aux proportions historiques que vient de commettre leur gouvernement. L’affaire est tellement grosse qu’il faut se demander si Jean Charest ne s’est pas donné pour mandat de démanteler le Québec Inc avant de quitter le poste de premier ministre.

Pour le Parti Québécois, la Caisse a deux mandats, tout aussi importants l’un que l’autre : offrir le meilleur rendement possible à ses déposants et aux retraités du Québec ET participer au développement économique du Québec. Pour Jean Charest et son gouvernement, seul le rendement importe. L’endroit où l’argent de la Caisse est investi n’a pas d’importance. Même s’il est ici question de l’épargne collective des Québécois. C’est cette doctrine du rendement optimal qui a amené la Caisse à investir autant d’argent dans le papier commercial ou dans des projets douteux, comme celui de l’aéroport d’Heathrow à Londres. Dans ce dernier cas, la Caisse a investi 2 milliards $ qui ne valent plus rien maintenant. Pourtant, rien ne démontre que l’investissement chez nous, au Québec, serait moins rentable qu’ailleurs dans le monde. Bien au contraire.

D’emblée, il y a une raison qui disqualifie Michael Sabia comme pdg de la Caisse : il refuse de s’engager à protéger Bombardier et les autres grandes entreprises québécoises qui ont leur sièges sociaux au Québec. En fait foi cet extrait de la conférence de presse de Michael Sabia, le jour de sa nomination, le 13 mars 2009 :

- Daniel Bordeleau, SRC : « Est-ce que vous croyez que la Caisse doit intervenir pour maintenir au Québec le siège social des grandes compagnies, comme la Banque nationale, Bombardier ou même BCE ? »
– Michael Sabia : « Je pense que ces décisions sont prises par ces sociétés et moi je ne suis pas convaincu que c’est même possible pour la Caisse d’agir un rôle déterminant dans ces décisions. Ces décisions, d’ordinaire, sont dirigées par d’autres choses dont je suis pas certain que c’est vraiment le rôle de la Caisse ».

Pas « possible » pour la Caisse « d’agir » ? Pas « certain » que « c’est vraiment le rôle de la Caisse » de maintenir au Québec le siège social de la Nationale, de Bombardier ou de BCE ? Qu’est-ce que c’est que cette foutaise ? Mais alors, dites-moi, qui va protéger SNC-Lavalin ?  Et Jean Coutu ? Et Couche-Tard ? Et Cascades ? Et l’Industrielle Alliance? Et CGI ? Et Cossette ? Et tous les autres fleurons du Québec Inc qui ont leur place d’affaires chez nous et qui pourraient faire l’objet d’offres d’achat hostiles dans l’avenir ?

Sans parler de Quebecor. Réalisez-vous qu’à titre de pdg de la Caisse, Michael Sabia devient  maintenant le patron du plus gros actionnaire de Quebecor Média (outre la famille Péladeau) ? Hier encore, il en était l’un des principaux concurrents, à titre de pdg de BCE.  Le jour où Rogers – ou un autre concurrent torontois ou étranger – voudra acquérir Quebecor (ce qui veut dire notamment le réseau TVA), qu’aura à dire M. Sabia ? Est-ce qu’il protégera la propriété québécoise du groupe ? Ou deviendra-t-il complice de la vente de cette entreprise de chez nous à des intérêts n’ayant aucune sensibilité à la culture et à l’identité québécoises ?

Le choix de Michael Sabia est d’autant plus contestable que son parcours dans le monde des affaires a été tout sauf étincelant. Son seul véritable fait d’armes a été la transaction avortée entre Bell et Teachers, qui aurait eu pour résultat d’achever le déménagement du siège social de BCE de Montréal à Toronto. De plus, alors que la Caisse a besoin d’un président qui connaît le placement et la gestion du risque, Michael Sabia n’a aucune expertise reconnue en ces domaines. Et on n’a pas encore parlé du processus totalement vicié qui a mené à sa nomination ; André Pratte, l’éditorialiste en chef de La Presse, avait bien raison de qualifier ce processus de « bidon ». Imaginez ; Michael Sabia a été le seul candidat à être reçu en entrevue par le comité de sélection de la Caisse. Comme s’il était la seule personne dans tout le Québec à avoir les compétences pour occuper le poste. Ou à en avoir assez pour mériter une entrevue !!

Politique. Cette décision sent la politique à plein nez. Jean Charest est sur son déclin. Il aura choisi de nommer un allié à la Caisse afin d’assurer son avenir personnel, le jour où il quittera la vie politique. En nommant un fédéraliste notoire, ex-membre influent du Conseil privé du Canada et ex-membre du Conseil de l’unité canadienne, il consolide l’influence de ceux qui ne veulent pas d’un Québec trop fort. Qui le veulent petit, docile, résigné à sa condition provincialiste. Est-ce la première étape menant au démantèlement de la Caisse en plusieurs entités ? Pour affaiblir encore plus le navire amiral du Québec financier et économique ? Pour nous affaiblir encore plus, collectivement ?

Il y a dans cette décision du premier ministre quelque chose qui ressemble à une trahison et à une démission face à ce qui devrait être son premier devoir : la défense des intérêts supérieurs de la nation québécoise. Nous n’avons pas fini de payer pour sa réélection.

Bernard Drainville
Député de Marie-Victorin
Le 27 mars 2009

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(1) commentaire

  1. Aujourd’hui, dans un fil de presse CNW, Telbec, on apprend que :

    « Au net, le FSST enregistre donc un déficit de 3,4 milliards de dollars. »

    Il s’agit de la CSST regroupé en fédération des travailleurs. Il faut savoir que « le Régime québécois de santé et de sécurité du travail est
    financé par les entreprises du Québec. » Les travailleurs et les entreprises, s’il devait arriver des accidentés, pourraient devoir payer des augmentations importantes pour refaire leurs fonds.

    Si la CSST et les travailleurs viennent de perdre 3,4 millairds de leurs sommes placées dans la Caisse de Dépôt, il faut mettre cela en perspective avec les autres fonds qui ont des avoirs dans la Caisse.

    « La Caisse investit les fonds que lui confient plusieurs régimes publics de retraite et d’assurances, et divers organismes publics. Au 31 décembre 2007, l’actif net de la Caisse (à la valeur marchande) totalisait 155,4 milliards de dollars. Les principaux déposants et leur participation respective au dépôt (à la valeur marchande) étaient les suivants :

    la CARRA, 54,3 milliards de dollars,

    la RRQ, 34,8 milliards de dollars,

    le Fonds d’amortissement des régimes de retraite, 32,0 milliards de dollars,

    la Commission de la construction du Québec, 11,8 milliards de dollars,

    la Commission de la santé et sécurité du travail, 11,0 milliards de dollars et

    la SAAQ, 8,3 milliards de dollars.

    =====
    3,4 milliards de perdus sur un placement de 11,0 milliards.

    Imaginez les pertes des autres groupes présentés plus haut.

    Baptiste va payer, va payer et va encore payer.

    Et pour se bien protéger, on nomme Michael Sabia !

    Charest et Forget devaient nommer un « petit président » celui du Conseil d’administration et cela a passé deuxième. Il fallait déclencher des élections pour satisfaire aux besoins de Charest et Cie.

    La Caisse a un budget de 186 milliards au 31 décembre 2008. Le Président de la Caisse avait démissionné, il y en avait un autre … mais malade… il s’était retiré… Et Charest a attendu fin février, début mars pour nomme Michael Sabia, sans passer par les façons de faire officielles que le Gouvernement du Québec a établi pour les nominations.

    Charest a été élu avec moins de 33 % des votes. Et il gère le Québec tout seul sans l’accord des autres partis politiques élus en l’Assemblée nationale.

    Et on se laisse faire… Dans d’autres Pays, les citoyens descendraient dans la rue pour réclamer la démission d’un tel incompétent.

    Les autres qui sont élus… peuvent-ils assumer correctement la relève ?

    Si on y croyait… !!!

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