Réplique à Vigneault
Publié le 16 avril 2009
Dans les pages du Devoir du 6 avril dernier, l’ex-conseiller des premiers ministres Daniel Johnson et Jean Charest réagit à mon texte intitulé « La nomination de Michael Sabia est une erreur historique ». Il m’accuse de démagogie et de « démonisation ». Je laisse au lecteur le soin de tirer ses propres conclusions, mais laissez-moi d’abord réitérer les raisons fondamentales qui me poussent à réclamer le départ de Michael Sabia.
Sabia, « fédéraliste notoire »
J’ai critiqué la nomination de M. Sabia en le qualifiant de « fédéraliste notoire ». C’est ce qui amène M. Vigneault à me prêter l’idée qu’ « un fédéraliste ne puisse rien accomplir de bon pour le Québec ». Qu’il soit rassuré ; mes propos ne visaient aucunement à diminuer l’impact significatif qu’ont eu les Lesage, Johnson, Bourassa et autres fédéralistes sur le développement de l’économie québécoise. Ils étaient fédéralistes, mais à titre de premiers ministres du Québec, ils recherchaient d’abord l’intérêt du Québec. Leur première allégeance était québécoise. Or, qui peut douter que celle de Michael Sabia sera d’abord canadienne ? Tout son parcours en fait foi ; qu’il s’agisse du Conseil privé d’Ottawa où il a œuvré ou du Conseil de l’unité canadienne où il a siégé, Michael Sabia incarne un fédéralisme dévoué d’abord et avant tout à la défense de l’intérêt national canadien. Ce qui n’est pas la même chose que l’intérêt national québécois.
Prenez le siège social montréalais de Bell que Michael Sabia a contribué à faire glisser vers Toronto, dans la foulée de la transaction (avortée) avec Teachers. Si c’est l’intérêt canadien qui vous anime, ce démantèlement n’a aucune signification particulière, puisque le Canada conserve le siège social de l’entreprise sur son territoire. Mais si vous êtes un nationaliste québécois (souverainiste comme fédéraliste), le déménagement d’un siège social fait mal. Nous perdons non seulement un centre de décision, mais tous les emplois bien rémunérés qui viennent avec celui-ci.
L’intérêt du Canada n’est pas celui du Québec. Chaque nation a ses intérêts économiques propres. En refusant de défendre les sièges sociaux du Québec, Michael Sabia renonce à protéger l’intérêt national québécois. Cela n’augure rien de bon pour notre avenir.
Souveraineté économique
M. Vigneault me prête l’intention de vouloir utiliser la Caisse pour « sauver […] tous les canards boiteux sous prétexte qu’ils sont Québécois » ou pour empêcher des compagnies étrangères d’acquérir des entreprises québécoises. Encore une fois, je tiens à le rassurer ; personne ne souhaite que la Caisse n’investisse dans de mauvais projets. Quant à l’économie du Québec, elle est et restera ouverte. Sur ce sujet, le Parti Québécois a toujours affiché ses couleurs libre-échangistes depuis la signature du premier accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis.
Lorsque les souverainistes parlent de souveraineté économique, ils ne parlent pas d’autarcie, mais bien de l’exercice d’un contrôle raisonnable des Québécois sur leur propre développement économique. Pourquoi s’empêcher, lorsque cela est rentable, de prendre des participations dans les fleurons de l’économie québécoise afin d’éviter qu’ils passent sous contrôle étranger ? Pourquoi l’État québécois n’aurait-il pas pour objectif d’assurer aux Québécois le plus grand contrôle possible sur leur économie ? Avons-nous toujours l’ambition d’être maîtres chez nous (ou avons nous abandonné l’héritage de la Révolution tranquille) ? Les Américains protègent leurs grandes entreprises nationales, tout comme les Allemands, les Français et, plus récemment, les Chinois. Alors, pourquoi pas nous ?
M. Vigneault prétend qu’en cette ère de mondialisation, la souveraineté économique des États-nations est devenue une chose désuète. J’imagine que c’est pour cette raison qu’en ce moment, les gouvernements de partout dans le monde investissent des sommes colossales dans leur économie nationale.
En fait, M. Vigneault semble tout simplement ignorer que les gouvernements d’États souverains – comme ceux d’États fédérés – jouent un rôle crucial pour attirer les investissements, protéger les emplois de leurs travailleurs, favoriser la recherche et le développement, défendre la présence de sièges sociaux sur leur territoire, etc. Le Québec actuel, avec son statut de province, ne dispose que de la moitié de ces outils, c’est vrai. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas les utiliser, le plus puissant étant bien sûr la Caisse de dépôt. Pourquoi nous priverions-nous d’une telle force dans la défense de nos intérêts économiques nationaux ? L’idée centrale qui sous-tend le texte de M. Vigneault est que le Québec est impuissant dans le grand jeu économique international. C’est une idée que nous rejetons.
Un processus de nomination vicié
Il est par ailleurs étonnant que M. Vigneault commence son texte en indiquant qu’il « ne reviendra pas sur le processus qui a conduit à la nomination de M. Sabia, car « il y a, sur cette question, un assez large consensus selon lequel ce processus aurait pu être plus transparent et moins précipité [nous soulignons]. » Ne pas parler du processus ? Mais c’est justement là, le nœud du problème ! Tous les autres arguments que j’ai avancés dans mon précédent papier découlent de ce simple fait : M. Sabia a été nommé par la porte d’en arrière, sur une décision émanant directement du bureau du premier ministre. Pourquoi le gouvernement a-t-il agi ainsi ? Serait-ce justement parce qu’au fond, M. Sabia n’avait pas les compétences voulues pour gérer la Caisse et que son arrivée à sa tête était une décision avant tout politique ? En balayant toutes ces questions du revers de la main, M. Vigneault tente d’occulter l’essentiel de ce qui cloche avec la nomination de M. Sabia.
Par ailleurs, M. Vigneault ne revient pas non plus sur le parcours de M. Sabia. Son mutisme complet sur cette question pourtant cruciale révèle une troublante vérité : personne n’est capable d’expliquer en quoi la feuille de route et les compétences de M. Sabia ont fait de lui un candidat si extraordinaire qu’il en a court-circuité tout le processus normal de nomination. Sur cet aspect comme sur d’autres qu’il soulève dans son texte, M. Vigneault en révèle plus par ce qu’il omet que par ce qu’il avance.
De l’ « ethnicisme » des souverainistes québécois
J’aimerais conclure avec ce qui constitue sans doute la citation maîtresse du texte de M. Vigneault : « Mais, pour M. Drainville, M. Sabia sera le fossoyeur de notre économie et de nos sièges sociaux ? Rien de moins. Pourquoi ? Parce qu’il se prénomme Michael plutôt qu’Henri-Paul ? » Ainsi, selon M. Vigneault, un souverainiste ne saurait critiquer la décision de nommer Michael Sabia qu’à travers des ornières « ethniques ». Vraiment, on ne l’avait pas vue venir, celle-là. Trudeau, Vigneault : même combat ! Même supériorité morale dans la chasse aux nationalistes québécois ! Même chevauchée lumineuse contre l’intolérance et le racisme sous toutes leurs formes, surtout la variante québécoise particulièrement virulente, comme on sait.
Évidemment, l’attaque de M. Vigneault est aussi grossière que ridicule, et celui qui la formule prend le risque d’étaler sa propre intolérance.
Nous demandons la démission de Michael Sabia non parce qu’il est né en Ontario, mais parce qu’il ne semble avoir aucune qualification pour le poste auquel il a été nommé. Nous affirmons de plus que l’attachement au Québec et à ses intérêts, ainsi que la volonté de les défendre lorsque nécessaire, sont pour nous des qualifications essentielles pour occuper le poste de pdg de la Caisse de dépôt et placement.
Bernard Drainville
Député de Marie-Victorin
Le 16 avril 2009
Catégorie(s) : La Une


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Commentaires: 7
Vigneault est un faiseur d’images, une machine à construire une sinistre rhétorique.
Monsieur Drainville,
Je partage totalement votre analyse et votre conclusion de réclamer la démission de Monsieur Sabia.
Une pétition à cet égard devrait d’ailleurs être présentée à l’Assemblée Nationale dans les meilleurs délais.
Des gens comme Vigneault, sont des terroristes intellectuel qui raisonnent dans l’absolu. Partageant des valeurs d’égocentrisme, des pensées à sens unique menant au cul de sac du fond de leur poche. Exactement comme tout les autres prétendant “grand penseur” de power corp.
Moi je vous le dis : Québec à vendre, comme Félix !
Nous sommes au tournant, qui pourrait m’en convaincre du contraire ? Des hommes et des femmes des années 60, 70 ? Est-ce toujours la même histoire où là, nous avons à faire à une nouvelle forme de manipulation ? Plus vicieuse, plus de fond. Ils sont là, à s’emparer des intérêts communs du Québec avec une telle manigance qu’on dirait des rats. Touts de rats fédéralistes ! Je suis vraiment écoeuré de tout cela. Trudeau airpot, les commandites, We love you kouaibec, …
Bref, comme je vis en France, je me console avec mon huile d’olive, mon pain et mon vin bio si peu cher comparativement aux prix pratiqués par la SAQ.
Bon courage avec les chums du rat et ses rats de chums.
Excellent article Bernard. Comme Québécois, je ne suis pas fier de cette nomination. En tant que syndicaliste, je déplore la nomination à la Caisse de dépôt d’un homme qui a contribué à couper des emplois à Montréal chez Bell.
Message à dd : Des rats il y en a dans tous les camps. Il y en a même beaucoup en France d’ailleurs.
Bonjour M. Drainville,
Votre texte en réponse à M. Vigneault est fort intéressant.
Permettez-moi, toutefois, de mettre en relief l’attribut de compétence lorsqu’il s’agit de faire l’évaluation de candidats à la direction de la CDPQ.
Il faut un PDG financier chevronné capable de leadership et de vision pour qu’il sache positionner et développer la CDPQ.
Or, M Sabia a montré ses capacités de démanteleur mais non de leader.
À titre d’exemple, il démantelé sous la direction de M. Tellier le CN pour en verser la part rentable dans une société cotée aux bourses de Toronto et New York: CNI et CNR. Le gouvernement fédéral, quant à lui, en a gardé l’insupprimable part non rentable.
M. Sabia a eu, parcontre, un véritable mandat de développement d’entreprise chez Bell Canada International. Il en résulta toute une débâcle financière pour les filiales de BCI que M. Sabia a bradées.
Quant à sa tenue chez BCE , il n’y réussit à rien développer qui eusse hausser la valeur de l’action, et en décida finalement de vendre à prix fort aux fonds Teachers’ et partenaires, lesquels firent échouer l’exigeante vente en évoquant la chute des valeurs marchandes. M. Sabia a laissé une BCE appauvrie et affaiblie vis-à-vis les concurrents.
Si M. Sabia avait été un entrepreneur, il n’aurait pas tout démantelé l’édifice de convergence construit Jean Monty pour évacuer ce vaste marché que Québecor Média est venu occupé sans la moindre résistance.
Dans la même logique que la réddition du marché de la convergence, M. Sabia n’a même pas daigné soumettre une offre à l’acquisition de Fido pour l’intégrer à Bell Mobilité. Mais Rogers si!
M. Sabia démentèle et rase le terrain avec assurance, mais il ne sait construire. Comme le PDG de la Caisse, il y a de quoi à s’inquiéter.
Paul-André Dupuis
Au modérateur: il y a quelques fautes d’orthographe et de grammaire. Pouvez-vous remplacer le texte publié par celui-ci? Rien au fond n,est changé.
PAD
Bonjour M. Drainville,
Votre texte en réponse à M. Vigneault est fort intéressant.
Permettez-moi, toutefois, de mettre en relief l’attribut de compétence lorsqu’il s’agit de faire l’évaluation de candidats à la direction de la CDPQ.
Il faut un PDG financier chevronné capable de leadership et de vision pour qu’il sache positionner et développer la CDPQ.
Or, M Sabia a montré ses capacités de démanteleur mais non de leader.
À titre d’exemple, il démantelé sous la direction de M. Tellier la société para-publique CN pour en verser la part rentable dans une société cotée aux bourses de Toronto et New York: CNI et CNR. Le gouvernement fédéral, quant à lui, en a gardé l’insupprimable part non rentable.
M. Sabia a eu un mandat de développement d’entreprise sans bailleur public chez Bell Canada International. Il en résulta toute une débâcle financière pour les filiales de BCI que M. Sabia a bradées.
Quant à sa tenue chez BCE , il n’y réussit à rien développer qui eût haussé la valeur de l’action, et en décida finalement de vendre à prix fort aux fonds Teachers’ et partenaires, lesquels firent échouer l’exigeante vente en évoquant la chute des valeurs marchandes. M. Sabia a laissé une BCE appauvrie et affaiblie vis-à-vis les concurrents.
Si M. Sabia avait été un entrepreneur, il n’aurait pas tout démantelé l’édifice de convergence construit Jean Monty pour ensuite évacuer ce vaste marché que Québecor Média est venu occupé sans la moindre résistance.
Dans la même logique que la réddition du marché de la convergence, M. Sabia n’a même pas daigné soumettre une offre à l’acquisition de Fido pour l’intégrer à Bell Mobilité. Mais Rogers si!
M. Sabia démantèle et rase avec assurance, mais il ne sait construire. Comme le PDG de la Caisse, il y a de quoi à s’inquiéter.
Paul-André Dupuis