Don d’organes : l’urgence d’agir
Publié le 28 mai 2009
La semaine dernière, j’ai questionné le ministre de la santé et des services sociaux, Yves Bolduc, sur la politique de son gouvernement en matière de dons d’organes (comme vous pouvez le constater sur la vidéo ci-haut). Je vous ai par la suite fait part de mes préoccupations à ce sujet dans un communiqué de presse que j’ai reproduit ici-même sur mon blogue dans un billet intitulé « Pourquoi le ministre Bolduc n’a-t-il pas mis en vigueur la loi facilitant le don d’organes ?» Aujourd’hui, je désire vous entretenir d’une manière plus approfondie des raisons qui alimentent mon inquiétude.
La loi facilitant le don d’organes visait un objectif qui transcende tous les partis et couleurs politiques. Émanant d’un ancien député libéral du comté de Viau, William Cusano, elle fut en effet adoptée à l’unanimité par l’Assemblée Nationale en 2006. Le premier objectif de cette loi était de simplifier, pour le médecin traitant comme pour le patient et sa famille, la notion de consentement éclairé en ce qui a trait au don d’organes. Le second objectif visait la création d’un registre québécois central des donneurs potentiels ainsi qu’une obligation, pour le directeur de l’hôpital, à transmettre immédiatement après les prélèvements toutes les données importantes dans ce registre. À ce jour, cette loi n’a pas été mise en vigueur et le brouillard entourant la notion de consentement éclairé du patient n’a toujours pas été dissipé. Le registre central n’a pas été créé non plus, ce qui a pour conséquence de réduire le nombre d’organes qui pourraient être données chaque année. Détaillons.
Dans le système actuel, vous devez avoir signé l’autocollant autorisant le prélèvement d’organes advenant votre décès pour signifier votre consentement. Par contre, dans le cas où vous seriez en phase terminale et incapable de communiquer vos volontés, vos proches, votre famille pourraient outrepasser cette signature afin que vos organes ne soient pas prélevés. Il en résulterait donc que des personnes qui auraient au préalable consenti au prélèvement de leurs organes se retrouveraient devant une situation de non-respect d’une de leur dernière volonté. Au-delà du manque d’éthique que soulèverait une telle situation pour le défunt, des patients en attente d’organes se verraient ainsi priver d’une chance de survie.
Afin de rectifier cette situation, la loi facilitant les dons d’organe prévoit un système de double consentement. D’abord, vous signez l’autocollant autorisant le prélèvement d’organes et l’apposez à l’endos de votre carte d’assurance-maladie, comme c’est le cas en ce moment. Par la suite, vous auriez à remplir un formulaire à fourni par la RAMQ, dans lequel vous indiqueriez si vous consentez, si vous ne consentez pas, ou encore si vous n’avez pas encore pris de décision en ce qui a trait au prélèvement d’organe de votre corps advenant votre décès. Vous auriez donc signifié à deux reprises votre consentement. Advenant votre décès, ce double consentement ne pourrait plus se voir outrepasser par votre famille ; le médecin pourrait procéder au prélèvement plus rapidement et sans risque d’imbroglio juridique avec votre famille.
En revanche, au cas où vous changeriez d’avis dans les derniers moments de votre vie, vous seriez toujours libre de retirer l’autocollant de l’endos de votre carte d’assurance maladie, auquel cas le médecin ne procéderait pas au prélèvement de vos organes, même si vous êtes inscrit au registre central des donneurs potentiels. Dans ce cas, votre famille serait bien entendu consultée pour vérifier si l’absence d’autocollant à l’endos de votre carte représente bien une indication de votre absence de consentement.
Bref, la loi facilitant le don d’organes n’a que des effets positifs. Comme son nom l’indique, elle augmentera le nombre d’organes prélevés et transmis chaque année. Mais elle permettra aussi à tous, au patient et ses proches ainsi qu’au médecin, d’avoir des directives claires en ce qui a trait au prélèvement d’organes.
Je me permet donc, en guise de conclusion, de poser la question une fois de plus au ministre Bolduc et à son gouvernement : pourquoi ne pas mettre en vigueur la loi facilitant le don d’organes? À quoi bon souligner à l’Assemblée Nationale la semaine du don d’organes si le gouvernement québécois est incapable de mettre en œuvre une mesure simple, réaliste, concrète et peu coûteuse visant à augmenter le nombre de prélèvements et de dons qui, en bout de ligne, permettront de sauver des vies? Il n’en tient qu’au gouvernement de décréter la mise en vigueur de cette loi. Pourquoi se traîne-t-il les pieds dans ce dossier qui fait pourtant l’unanimité parmi toutes les formations politiques?
Catégorie(s) : La Une


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Commentaires: 2
J’ai déjà rencontré Jean-Pierre Charbonneau en avril 2006 durant la semaine de sensibilisation à un déjeuner à l’Assemblée Nationale et lui même devait en parler et cela n’a jamais été fait par le parti québecois.
Don d’organe mais dans quelles conditions?
La population Québecoise connait-elle ce qu’implique légalement les règles d’une mort éligible pour un don d’organe? Une expérience récente nous démontre qu’avec le consentement de la famille, on peut provoquer une mort cérébrale pour rendre un individu éligible au don d’organe… Famille qui très souvent sous le choc ne comprend toujours le jargon médical très souvent évasif et incomplet, discours motivant le don d’organe comme étant l’ultime don de la vie!
Au Québec, pourquoi ne pas rendre claires les régles encadrant le processus du don d’organe? Ces règles existent par exemple au Luxembourg.
Comprenant mieux les hésitations de la population après notre cruelle expérience, je limiterai personnellement mon consentement au don d’organe, que suite à une mort cérébrale non provoquée. Mort cérébrale certifiée par deux EEG plats et par deux md indépendants et désintéressés.
Une réflexion et une meilleure connaissance de ces conditions éviteraient ces doutes devant un geste si généreux soit-il. Un consentement libre et éclairé, est essentiel à mes yeux.