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La chef de l’opposition officielle et députée de Charlevoix, Pauline Marois, la députée de Joliette et porte-parole en matière de justice, Véronique Hivon, et le député de Marie-Victorin et porte-parole en matière de santé, Bernard Drainville, déposeront une motion, ce matin, demandant au premier ministre Charest d’instituer une commission ad hoc, non partisane, afin qu’une consultation ait lieu rapidement auprès de la population québécoise concernant le droit de mourir dignement.
« Je crois plus que jamais que la population québécoise est prête à tenir ce débat. Les Québécois sont des gens qui comprennent la souffrance d’autrui et ils veulent trouver des solutions. Donner le choix et le droit, mais de façon exceptionnelle seulement, à ceux qui n’ont absolument plus de qualité de vie, qui n’ont aucune perspective d’avenir en raison d’une maladie incurable, de mourir dignement en prenant une décision de façon tout à fait libre et éclairée pourrait être l’une des pistes envisageables », a ajouté la chef de l’opposition officielle.
« À plusieurs reprises au cours des dernières années, le débat sur le droit de mourir dignement a occupé l’actualité. Récemment, plusieurs groupes se sont d’ailleurs prononcés en faveur de ce droit, notamment l’AFEAS, la Fédération des médecins omnipraticiens et la Fédération des médecins spécialistes. Nous demandons donc au premier ministre d’instituer une commission ad hoc de l’Assemblée nationale, non partisane, qui aurait pour mandat de consulter la population du Québec à ce sujet », a déclaré Pauline Marois.
« Cette question va bien au delà des aspects juridiques ou médicaux. Il s’agit d’un enjeu qui interpelle les valeurs des citoyens et qui a une résonance éthique très forte. Il est donc important de tenir un véritable débat de société sur le droit de mourir dans la dignité. Il incombe aux parlementaires de s’assurer que le débat se fasse de la manière la plus ouverte et la plus sereine qui soit. S’il y a bien quelque chose de profondément associé aux valeurs d’une société, c’est de déterminer de quelle manière elle souhaite voir encadrer les questions liées à la fin de vie », a indiqué la députée de Joliette.
« Dans mon ancienne vie d’animateur de télévision, j’ai consacré plusieurs émissions à la question de mourir dignement, poursuit Bernard Drainville. Il y était question de respect de la vie, de respect de la dignité humaine, du seuil de souffrance physique et morale que nous sommes prêts à accepter pour nous-mêmes et pour les autres. C’est ce type de questions que nous allons maintenant pouvoir aborder et auxquelles nous allons devoir apporter des réponses. J’en appelle à la responsabilité de chacun d’entre nous comme élus, mais j’en appelle aussi à nos concitoyens pour qu’ils nous éclairent et nous aident dans notre recherche de solutions. C’est le bien-être de la personne humaine qui devra nous guider en tout temps ».
Rappelons que ce débat a eu cours dans plusieurs endroits du monde et que les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, notamment, ont adopté, au cours des dernières années, des lois permettant de mourir dignement. Aux États-Unis, l’Oregon autorise le suicide assisté depuis 1997 et l’État de Washington, après un référendum favorable le jour des dernières élections présidentielles en novembre 2008, vient d’adopter une loi semblable à celle de l’Oregon.
(Source : Marie Barrette)










Denis
Bonjour Bernard,
Je suis très mal à l’aise avec cette question de l’euthanasie, du suicide assisté et du meurtre par compassion.
Il me semble que la mort n’est pas l’affaire de l’État. Légaliser l’euthanasie active, i.e. reconnaître l’euthanasie comme un geste thérapeutique, reviendrait à donner à un tiers le droit de vie ou de mort sur notre propre vie, cela est impensable dans une société dite civilisée.
D’autre part, inscrire le droit à la mort dans le Charte des droits est inutile, superflu et dangereux. La mort n’est pas du registre du Droit! Le rôle de l’État est de protéger la vie de ses citoyens, non pas de s’arroger le droit de vie ou de mort sur ceux-ci.
Enfin, il est malheureux aussi que cette Commission consultative ait choisi comme nom ou titre “Le droit de mourir dans la dignité”. Cette formule est le slogan de l’association qui prône l’euthanasie, l’ADMD. On peut donc s’interroger dès maintenant sur la neutralité de cette future commission consultative.
Enfin, pour conclure, j’aimerais te dire ceci. C’est très important pour moi. Le lien de confiance avec notre médecin est notre principale arme pour combattre la maladie. Étant personnellement gravement malade, la seule pensée que mon médecin, en qui j’ai placé toute ma confiance dans mon combat pour la survie, il est mon principal allié, pourrait finalement être celui qui m’achève quand je serai rendu en bout de course, me perturbe considérablement.
La maladie nous fragilise terriblement, tant sur les plans physiques que psychologiques ou moraux, et nous avons besoin de toute l’aide et de tout le support qui peuvent nous être donnés, dans la mesure du possible.
Actuellement, je suis sincèrement convaincu que tout ce que fait mon médecin, il le fait pour moi, pour protéger et défendre la vie et ma vie. Si on légalise l’euthanasie, J’aurais toujours un doute sur les intentions de mon médecin.
J’espère que tous le parlementaires sauront réfléchir avec sagesse à cette question et prendre les décisions dans les meilleurs intérêts des malades. Je n’ai aucun doute que ce sera ton cas Bernard.
Bonne chance!
Eric Folot
OUI à l’aide au suicide, mais NON à l’euthanasie !
Au sujet de la différence entre l’euthanasie et l’aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu’il n’existe pas de différence entre les deux : dans un cas c’est le patient lui-même qui s’enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l’autre c’est le médecin qui la retire. Il faut d’abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l’on se situe sur le terrain de l’éthique, on peut raisonnablement soutenir qu’il n’existe pas de différence. Cependant, si l’on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l’euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l’emprisonnement à perpétuité) et l’aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d’emprisonnement). Dans le cas de l’aide au suicide, la cause de la mort est le suicide du patient et l’aide au suicide constitue d’une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en 1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu’une complicité que s’il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n’est plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l’aide au suicide est donc un non-sens.
En revanche, l’euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une transgression à l’un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l’interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d’autrui. Nos sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d’ailleurs aboli la peine de mort en 1976 (et en 1981 en France) ! Si l’euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l’esprit, conclure que l’euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d’un acte exige la prise en compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d’abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d’exprimer leur volonté) et les risques d’érosion de l’ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l’euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l’euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l’encontre du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :
« Il existe, tout d’abord, un danger réel que la procédure mise au point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour
eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier, et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un
fardeau pour les autres ou pour la société. C’est là l’argument dit du doigt dans l’engrenage qui, pour être connu, n’en est pas moins réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le consentement à l’euthanasie ne soit pas vraiment un acte
parfaitement libre et volontaire »
Eric Folot