Élargir le rôle des pharmaciens pour améliorer l’accès aux soins | Bernard Drainville - Député de Marie-Victorin - Parti Québécois

Au Québec, plus du quart de la population n’a pas accès à un médecin de famille. Cela représente plus de deux millions de personnes. Ce manque d’accès à un professionnel de la santé décuple l’attente que nous devons endurer dans les cabinets de médecins ou à l’urgence, notamment.

Sans prétendre avoir la solution magique pour régler ce problème « demain matin », le Parti Québécois propose un remède dont notre système de santé a bien besoin : l’élargissement du rôle des pharmaciens dans la prestation des soins de santé au Québec.

Chaque jour, des personnes souffrant de maladies chroniques ou d’autres problèmes de santé se rendent dans les urgences d’hôpitaux, simplement pour qu’on renouvelle leur prescription médicale. C’est souvent la seule solution pour une personne sans médecin de famille.

Pourtant, dans plusieurs cas, le pharmacien du quartier pourrait renouveler la prescription. Or, au Québec en 2010, cela n’est pas possible ; la loi l’interdit.

Le PQ propose d’emboîter le pas aux provinces canadiennes comme le Nouveau-Brunswick, l’Ontario, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique en élargissant le rôle des pharmaciens dans les soins en première ligne.

Avec l’adoption d’une mesure semblable, le pharmacien serait habilité à renouveler des ordonnances existantes pour des patients souffrant de maladies chroniques stables (asthme, diabète, hypertension, etc.), à prolonger certaines prescriptions ou à les ajuster en suivant un protocole établi. L’exemple de l’anticoagulothérapie (visant à prévenir l’épaississement du sang) vient à l’esprit.

Les pharmaciens pourraient aussi obtenir le pouvoir légal d’initier un traitement, selon un protocole strict. Exemple : la femme enceinte qui doit absolument passer chez le médecin pour se faire prescrire un médicament contre les nausées de grossesse. Pourquoi ne pas laisser le pharmacien initier la prescription et, au besoin, la renouveler ? Pourquoi n’en serait-il pas ainsi d’autres affections mineures, par exemple pour la rhinite allergique (le rhume des foins) ou la conjonctivite ?

Les diabétiques pourraient aussi renouveler leurs stocks de bandelettes de mesure de la glycémie (taux de sucre dans le sang) auprès des pharmaciens, sans passer par le médecin. Même chose pour les personnes qui ont décidé d’arrêter de fumer ; pourquoi devraient-elles passer chez le médecin pour initier leur prescription de timbres de nicotine ?

Depuis que le Nouveau-Brunswick a changé sa législation en 2008, ses pharmaciens ont réalisé entre 18 000 et 20 000 prescriptions par mois. Autant de séjours en moins dans les urgences et les cliniques médicales ! Imaginez l’effet sur l’attente, c’est assez spectaculaire ! L’Ontario estime que l’élargissement du rôle du pharmacien entraînera 1,3 million de visites en moins chez le médecin et permettra des économies annuelles de 100 millions. Le Québec a-t-il les moyens de passer à côté d’une telle innovation ?

Non seulement plusieurs provinces canadiennes l’ont fait et ont prouvé que ça fonctionnait, mais l’actuel ministre de la Santé, Yves Bolduc, laisse la porte ouverte à l’idée. Il a même dit le 16 juin dernier qu’il était d’accord avec moi « sur le fond ». Je l’invite donc à saisir la balle au bond et, dans un esprit non partisan, à prendre le leadership de ce dossier. Des discussions sont déjà en cours entre pharmaciens, médecins et infirmières. Il ne faut pas laisser les chicanes de carrés de sable nous priver de solutions. À terme, il faudra peut-être changer la loi afin de permettre aux 5200 pharmaciens (oeuvrant dans 1700 pharmacies communautaires) de jouer un plus grand rôle sur la première ligne de soins.

Patients, médecins, pharmaciens, infirmières, gestionnaires… tous y gagneraient ! Même nous, législateurs de tous les partis politiques, pourrions y trouver notre compte en redorant le blason de notre fonction par l’application d’une solution concrète, simple et efficace qui rendrait la vie beaucoup plus facile à nos patrons : les électeurs.

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