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J’aurai été, pendant plus de trois ans, le porte-parole en santé du Parti Québécois. Assez de temps pour voir ce qui fonctionne et ce qui ne tourne pas rond dans le système. En guise de réflexion de départ, je vous laisse ces 10 solutions.
1)- La prévention. Parce que sans elle, nous n’arriverons pas à contrôler nos coûts de santé. Le tabagisme est, aujourd’hui, la première cause des maladies chroniques (cancer et maladies du cœur et respiratoires, notamment). Ces maladies chroniques représentent plus de 65% des dépenses en santé. Dit autrement : si nous avions moins fumé (collectivement), nous coûterions (collectivement) beaucoup moins cher au système. La prévention, notamment les lois anti-tabac, nous a permis de diminuer notre taux de tabagisme. Continuons. Mais ouvrons rapidement un deuxième front contre l’obésité et l’embonpoint. Un enfant québécois sur quatre en souffre déjà. Une épidémie de diabète nous pend au bout du nez. Avec son cortège de maladies chroniques (toujours les mêmes : cœur, cancer…) qui l’accompagnera. Nous savons quoi faire : les gouvernements doivent mieux réglementer l’industrie agro-alimentaire en matière de sel, de sucre et de gras. L’autre partie de la solution nous appartient, à vous et à moi.
2)- La responsabilité. Une poutine de temps en temps n’a jamais fait mourir personne, j’en suis la preuve vivante! Mais il nous appartient à chacun de nous d’en manger moins. Dit autrement : ma santé ne dépend pas d’abord du système ou du médecin, mais bien de moi. La responsabilité individuelle doit redevenir une valeur importante de notre société (pas juste en matière de santé, d’ailleurs, mais c’est un autre débat…).
Ce principe de la responsabilité, il faut l’appliquer dans tout le réseau. Il n’est pas normal que tout ce qui va mal dans le réseau remonte jusqu’au ministre (et à son critique de l’opposition…). Les gestionnaires d’établissement devraient être davantage redevables de la performance de leur institution. S’ils gèrent bien, on devrait les récompenser. En leur permettant par exemple de conserver les marges de manœuvre financières que leur bonne administration aura su dégager, plutôt que de les obliger à tout retourner au fonds consolidé. S’ils gèrent mal, ils devraient être imputables.
Les syndicats et les corps professionnels (les médecins et les infirmières, pour ne parler que de ceux-là) doivent eux aussi assumer une plus grande part de responsabilité dans les bons (ou mauvais) résultats du réseau. Si le personnel de l’hôpital est à l’origine de gains d’efficacité ou d’économies d’argent, c’est tout l’hôpital qui devrait en bénéficier, selon des modalités à décider. Cela favoriserait l’esprit d’appartenance à l’établissement, l’adoption de meilleures pratiques et, espérons-le, une saine émulation au sein du réseau.
3)- Une culture de résultats. Chaque jour, nous investissons près de 77M$ pour nos soins de santé et nos services sociaux, pour un total annuel de près de 28 milliards. En tant qu’élus, nous avons le devoir de nous assurer que chaque dollar que vous nous confiez soit bien investi. Que chaque dollar que nous mettons dans le système public de santé nous donne les services de santé et les services sociaux dont la population a besoin. Pour faire encore mieux en cette matière, nous sommes d’avis que nous devons mettre davantage l’accent sur les résultats plutôt que sur les moyens. Laissons aux établissements de santé davantage de marge de manœuvre pour répondre aux besoins de la population qu’ils doivent desservir. Que le ministère de la Santé donne des orientations sur les objectifs à atteindre, mais qu’il cesse d’imposer le moyen d’y arriver. La réalité de Sainte-Anne-des-Monts est différente de celle de Granby ou de Montréal. En contrepartie de cette plus grande indépendance pour les établissements et les agences régionales, je crois qu’il faudra leur demander d’être responsables de leurs résultats. Par le passé, divers moyens ont été proposés : contrats de performance, processus d’évaluation de la performance, révision du mode de financement, etc. Je crois que celles et ceux qui travaillent dans le réseau de la santé peuvent nous faire des propositions en ce sens. Ce sont eux qui, chaque jour, donnent des services à la population. Ce qui compte, c’est que vous ayez les services de santé dont vous avez besoin, quand vous en avez besoin.
4)- Une culture de l’efficacité et de lutte au gaspillage. Il y a moyen de mieux gérer notre réseau de la santé. Saviez-vous par exemple que notre réseau de santé achète chaque année pour près de un milliard de dollars en fournitures et en équipement médical? Ça fait beaucoup de pansements, de seringues, de sérum, de lits, etc. En Ontario, on s’est donné une politique d’achats groupés. Les hôpitaux achètent leurs fournitures ensemble et négocient ainsi de meilleurs prix. Économie pour le contribuable ontarien? Cinquante millions par année! On attend quoi pour faire la même chose au Québec? Une politique d’achats groupés pourrait nous faire économiser des dizaines de millions par année. Le gouvernement l’a promise il y a près de trois ans mais, depuis, rien.
5)- L’informatisation. Autre exemple de mauvaise gestion : notre retard en matière de gestion de l’information. Imaginez si, au lieu de brasser du papier, le médecin pouvait d’un clic de souris avoir accès à vos résultats de laboratoire, à vos résultats d’imagerie médicale (rayons X, scan, résonance, échographie), à vos prescriptions… bref, à la majeure partie de votre dossier de santé. Résultat : un diagnostic plus rapide (et, en prime, moins d’erreurs médicales). Les médecins eux-mêmes reconnaissent qu’ils pourraient traiter ainsi 20% de patients de plus chaque jour. Ce qui veut dire qu’une bonne partie des Québécois qui n’ont pas de médecin de famille (25%) pourraient finalement en avoir un. Malheureusement, l’opération DSQ (Dossier de Santé du Québec) a été un quasi flop total jusqu’ici. Et plus de 200 millions qui devaient servir à financer la mise en œuvre du DSQ dorment encore à Ottawa, parce que le système ne fonctionne toujours pas.
6)- Mieux encadrer le privé (le privé au service du public et non pas l’inverse). Lorsqu’on regarde l’ensemble des dépenses de santé et de services sociaux, on constate que le secteur privé représente 30% de cette somme. Des soins dentaires aux soins de la vue, du psychologue au physiothérapeute, en passant par l’assurance-santé financée conjointement avec l’employeur. Le privé, c’est aussi des cliniques médicales de médecins de famille, comme un GMF. Bref, le privé en santé, c’est déjà une réalité. Il faut maintenant l’utiliser au profit de la population. Les groupes de médecine de famille sont un bel exemple de complémentarité du privé et du public. Le patient ne paie pas un sou pour la consultation et le médecin est dans sa clinique. Dans des circonstances exceptionnelles, le système public de santé pourrait utiliser une clinique privée de chirurgie (avec des médecins participants) pour réduire sa liste d’attente à l’hôpital, et ce, par le biais d’une entente. L’essentiel, c’est que le patient reçoive rapidement le service auquel il a droit et que le recours au privé soit l’exception et non la règle. Cette orientation est fondamentale. Nous ne voulons pas faire en sorte qu’un hôpital développe une quasi-succursale dans une clinique privée, comme on commence à le constater maintenant. Ou, pire encore, que la situation des agences privées d’infirmières se généralise à tous les corps d’emploi dans le réseau public de santé. À l’instar de plusieurs pays industrialisés, nous sommes en pénurie de main-d’œuvre médicale. Il ne faut pas faire en sorte que notre main-d’œuvre passe plus de temps au privé que dans le réseau public.
7)- Un plus grand rôle pour les infirmières. C’est l’histoire du parent obligé de se taper 10 heures à l’urgence, faute d’avoir pu trouver un médecin pour diagnostiquer l’otite du bébé. La clinique médicale du quartier était fermée, faute de médecin disponible. Mais une infirmière de famille aurait très bien pu diagnostiquer le bobo. Et prescrire le médicament, si nécessaire. Le plus beau, c’est que la profession « d’infirmière de famille » existe déjà. Elles s’appellent les « infirmières praticiennes de première ligne ». En nombre suffisant, elles permettraient de suppléer au manque de médecins de famille. Elles déchargeraient le médecin de certaines tâches, en lui permettant de se consacrer sur les cas plus lourds. La loi permet déjà la délégation de certains pouvoirs du médecin à l’infirmière, comme la prescription de médicaments. Malheureusement, cette loi est appliquée avec beaucoup trop de timidité.
8)- Un plus grand rôle pour les pharmaciens. C’est l’histoire de la dame obligée de se taper 10 heures à l’urgence, faute d’avoir pu trouver un médecin pour renouveler sa prescription échue. Sa situation étant stable, rien ne devrait empêcher le pharmacien de la renouveler. Rien, sauf la loi qui l’interdit! Les pharmaciens ne demandent pas mieux que d’avoir le droit de renouveler certaines prescriptions (et même d’en initier certaines autres, dans des cas bien délimités), mais encore faut-il que les médecins (et les infirmières) y consentent.
Bref, il faut permettre à chaque profession d’en faire davantage, quitte à mieux répartir les responsabilités entre chaque groupe. Avec un seul intérêt en tête : le patient.
9)- Un plus grand rôle pour les médecins étrangers. Depuis trop longtemps, on a laissé de côté les médecins formés à l’étranger. Pourtant, plusieurs ont réussi les examens requis par le Collège des médecins, mais ils ne réussissent pas à travailler au Québec. À plusieurs reprises, nous sommes intervenus à ce sujet. Il aura fallu près de 7 ans au gouvernement pour mettre en place un programme de stage de 6 mois pour 65 médecins diplômés à l’étranger. C’est trop peu. À titre d’exemple, en 2008, il y avait 174 médecins diplômés à l’étranger avec en main un diplôme reconnu par le Collège des médecins du Québec, mais qui étaient toujours en attente d’un stage en résidence. Il faudra donc ouvrir davantage de places en stage si nous voulons que ces médecins puissent nous aider à réduire l’attente chronique qui existe au Québec.
10) – L’odieux du ticket modérateur et de la taxe santé. Le dernier budget du Québec impose depuis juillet dernier une taxe qui, à terme, s’élèvera à 200 $ par année, par adulte, pour financer la santé. Cette taxe est odieuse, car elle touche plus sévèrement les personnes plus pauvres. À titre d’exemple, une personne ayant un revenu de 25 000$ par année paiera 200$, le même montant qu’une personne qui gagne 150 000$ par année. Cette taxe régressive est inacceptable.
Mais, pire encore, le premier ministre propose la mise en place d’un ticket modérateur. Actuellement, le ministre de la Santé et le ministre des Finances font une tournée auprès des groupes à ce sujet. Freiner l’accès aux soins de santé à l’aide d’une taxe est immoral.
Nous nous sommes battus contre ces mesures et nous continuerons à le faire.
Parmi tous les autres sujets dont j’aurais voulu parler, il y a notamment le don d’organes. Nous attendons depuis 2006 la mise en vigueur d’une loi qui faciliterait le don d’organes.
Conclusion
Celles et ceux qui sont un peu plus âgés se souviennent de l’époque où l’accès à des soins de santé dépendait de notre capacité financière. Nombre de familles ont dû s’endetter en raison de la naissance d’un enfant ou du traitement que devait subir un parent malade. Certaines ont même été poussées à la faillite. C’est pourquoi nous devons travailler à maintenir un bon système public de santé et à l’améliorer. Au cours des trois dernières années, mes collègues du Parti Québécois et moi avons travaillé sans relâche afin d’améliorer notre système public de santé et principalement l’accès aux soins dont vous avez besoin, au moment où vous en avez besoin. Lorsqu’une personne doit avoir accès à des soins, le système de santé doit être en mesure de s’adapter à ses besoins, et non le contraire.
Nous devons prendre ensemble ce virage. Celle qui me succédera comme porte-parole en santé, Agnès Maltais, pourra toujours compter sur mon appui et sur celui du Parti pour y arriver. Parce qu’ensemble, nous pouvons changer notre système de santé. J’en demeure plus que jamais convaincu.









