Cette droite qui n’aime pas le Québec : suite

Un texte qui j’ai publié la semaine dernière, Cette droite qui n’aime pas le Québec, a fait réagir. En réponse aux commentaires qui m’ont été adressés sur Twitter et Facebook, voici la suite.

L’argument de la péréquation revient souvent dans la bouche de cette droite non nationaliste. Pourtant, et je l’ai déjà dit, la péréquation, ce n’est rien d’autre qu’une compensation pour les dommages encourus par le Québec du fait de son appartenance au Canada.

Je m’explique. La nation québécoise n’a pas les mêmes intérêts que la nation canadienne. Cela dicte les politiques fiscales et économiques du gouvernement fédéral. Un exemple : le fédéral finance, par le biais d’une fiscalité très généreuse, l’énergie des sables bitumineux de l’Alberta. Encore plus : de 1970 à 1999, Ottawa a versé pas moins de 66 milliards $* en subventions de toutes sortes aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon). C’est la raison pour laquelle l’ancien premier ministre canadien Jean Chrétien disait, en janvier 2008, à l’Edmonton Journal : « Si j’avais offert au Québec ce que j’ai donné à l’Alberta en termes d’aide gouvernementale aux sables bitumineux, j’aurais remporté tous les sièges au Québec ! » La situation est sensiblement la même pour les centrales nucléaires de l’Ontario, soutenues à coups de milliards par Ottawa.

Bref, l’énergie albertaine et ontarienne est subventionnée par Ottawa – donc en partie par les Québécois, qui versent tout près de la moitié de leurs impôts au fédéral. Mais rien de tel pour l’énergie québécoise. Le Québec, lui, a toujours financé son développement hydroélectrique avec son propre argent, sans l’aide du fédéral.

De surcroît, Ottawa nous met des bâtons dans les roues pour nous empêcher de développer le gisement de Old Harry dans le golfe du Saint-Laurent. Les fédéraux n’ont absolument aucune raison valable de nous refuser les droits qu’ils accordent à Terre-Neuve, outre le fait qu’ils souhaitent avoir devant eux un Québec docile plutôt qu’un Québec fort.

Mais il n’y a pas qu’en matière d’énergie qu’Ottawa favorise indûment le Canada au détriment du Québec ; la création d’une commission canadienne des valeurs mobilières va également nous coûter très cher. Elle aura pour résultat concret d’affaiblir, sinon de tuer,  l’Autorité des marchés financiers (AMF) du Québec. Elle va également entraîner la disparition de nombreux emplois, bien rémunérés, dans le secteur des services financiers  de Montréal et du Québec. Vous la voyez, la constatez, cette intention d’Ottawa de faire de Toronto la métropole financière du Canada ? Et cela, c’est très grave, très lourd de conséquences pour l’avenir du Québec.

Pensons aussi aux centres de recherche fédéraux qui sont implantés par dizaines dans la région d’Ottawa, ne laissant que des grenailles au Québec, juste en face. En matière de recherche et de développement (R&D), la région de la capitale fédérale se limite à l’Ontario. Le Québec, lui, a des édifices à bureaux !

Et que dire des investissements importants qu’a faits Ottawa dans le secteur automobile, essentiellement ontarien, et des peanuts qu’il a accordées à l’industrie forestière québécoise ? Nos entreprises et nos régions auraient eu bien besoin de cet argent afin d’investir dans de nouveaux matériaux et de nouvelles énergies à base de bois.

Sans compter les achats militaires (comme les chasseurs F-35 qui vont nous coûter 17 milliards !!!), pour lesquels Ottawa refuse obstinément d’appliquer sa politique de retombées régionales.

C’est assez hallucinant : alors que le Québec compte environ 60 % de toute l’industrie aérospatiale canadienne, le fédéral préfère laisser le libre marché décider OÙ et À QUI iront les contrats, même si ce sont bien nos taxes et nos impôts qui vont payer pour toute cette quincaillerie militaire. Pourtant, les pays industrialisés ont compris il y a longtemps que des investissements de cet ordre doivent s’inscrire dans une politique industrielle créatrice d’emplois de haut niveau. Or, dans le domaine de l’aérospatiale, cette masse critique de connaissances et de technologies, c’est au Québec qu’elle s’est développée. On l’a fait autour de plusieurs grandes entreprises comme Bombardier, Pratt & Whitney, CAE, Bell Helicopter, elles-mêmes alimentant des milliers de PME québécoises en contrats et en achats de fournitures de toutes sortes. En outre, les unes et les autres sont soutenues par un réseau d’institutions d’enseignement et de formation spécialisées qui font l’envie du monde entier.

En refusant  de donner au Québec ce qui lui revient, c’est-à-dire plus de la moitié des retombées des contrats militaires, Ottawa fait le jeu des autres régions du Canada qui regardent avec envie cette pièce maîtresse du secteur manufacturier québécois. Et qui veulent lui faire concurrence en faisant émerger chez eux, en Ontario ou dans l’Ouest canadien, une industrie aérospatiale concurrente à celle du Québec. Tout ça avec l’aide d’Ottawa ! Ce sont nos impôts qui sont détournés par Ottawa pour faire ça au Québec. C’est le bout de tout !

Une lecture lucide de nos relations avec Ottawa impose un constat : la politique économique canadienne sert le Canada et coûte cher au Québec. Très cher, même ! Péréquation ou pas, le Canada n’est pas payant pour le Québec.

Un dernier mot en réponse à mes critiques de la droite conservatrice : vous accusez le PQ d’être responsable de la dette québécoise. Pourtant, c’est le Parti Québécois qui a pris les décisions nécessaires et responsables qui s’imposaient pour atteindre l’équilibre budgétaire à la fin des années 1990. Ce déficit zéro, atteint au prix d’énormes sacrifices, a été complètement bousillé par Jean Charest et sa bande. L’actuel gouvernement libéral a non seulement renoué avec les déficits, mais il a ajouté 50 milliards de dollars à la dette québécoise. Du jamais vu dans l’histoire du Québec. Quant à Stephen Harper, il ne fait pas mieux. Lui aussi est un champion des déficits et de la croissance de la dette ! Il se situe en droite ligne avec les Libéraux de Trudeau qui avaient creusé un trou budgétaire historique dans les années 1970 et 1980. Trou que les gouvernements de Brian Mulroney n’ont pu faire mieux que de creuser davantage. Bref, la droite conservatrice n’a pas de leçon à donner aux souverainistes québécois en matière de gestion des finances publiques.

Mais, au-delà de nos divergences, ne perdons pas de vue l’essentiel. Et l’essentiel, c’est la défense des intérêts du Québec. Tous les Québécois, fussent-ils souverainistes, fédéralistes, de gauche ou de droite, NOUS devons tous avoir comme première loyauté le Québec et la nation qui l’habite. Je souhaite continuer à échanger et à débattre avec vous, chers détracteurs. Parce que je demeure persuadé que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise.

* Étude de la bibliothèque du Parlement à partir des rapports du commissaires fédéral à l’environnement

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