Gardons-nous de faire dire aux Québécois ce qu’ils n’ont pas dit | Bernard Drainville - Député de Marie-Victorin - Parti Québécois
Des idées pour le Québec — 11 mai 2011

Dans une lettre publiée dans La Presse, le chroniqueur Jocelyn Coulon, estime que la défaite électorale du Bloc Québécois est une défaite pour le projet indépendantiste. Cette conclusion ne surprend pas sous la plume d’un ancien candidat libéral-fédéral. On peut lire des affirmations semblables dans l’essentiel de la presse anglo-canadienne qui se réjouit, non seulement de la « mort du séparatisme », mais également l’affaiblissement du poids politique du Québec. Est-ce cela aussi, le « moment fédéraliste » qu’applaudit M. Coulon ?

Que l’élection du 2 mai soit une défaite pour le Bloc Québécois est une évidence. Mais  rien n’indique que les Québécois aient voulu sanctionner le projet souverainiste en soi.  Contrairement à M. Coulon, j’appuierai mon opinion sur des données. Le dernier sondage de Léger Marketing nous indique les deux principales raisons pour lesquelles les Québécois ont voté NPD : la volonté de changement et la perception que ce dernier était plus apte à barrer la route à un gouvernement conservateur majoritaire.

En somme, la victoire du NPD au Québec n’est pas une victoire pour le fédéralisme ; c’est la victoire d’un parti fédéraliste, le NPD, jugé mieux à même que le Bloc de battre un autre parti fédéraliste, les conservateurs. Il faut aussi noter que beaucoup de souverainistes ont voté pour le parti de Jack Layton dont plusieurs des candidats étaient par ailleurs souverainistes. Bref, j’inviterais M. Coulon à prendre garde et éviter de faire dire aux Québécois ce qu’ils n’ont pas dit. Du même souffle, je l’inviterais à se garder de me faire dire ce que je n’ai pas dit.

« Les vrais Québécois »

Réglons ça une fois pour toutes : je n’ai jamais parlé de « vrais » ou de « faux » Québécois. Que cette désinformation soit colportée par des blogueurs hostiles au projet souverainiste est dans l’ordre normal des choses de la part de gens pour qui la vérité a peu d’importance, mais, de la part d’un universitaire, on se serait attendu à plus de rigueur.

Ma position est claire et maintes fois répétés, y compris pendant la campagne : « Est Québécois celui qui vit au Québec ». Autrement dit, au Québec, il n’y a que des vrais Québécois. Cette règle ne souffre d’aucune exception.

À titre de porte-parole des affaires intergouvernementales, j’ai cependant rappelé aux Québécois qu’il fallait placer les intérêts du Québec avant ceux du Canada, qu’il fallait penser au Québec d’abord. C’est ce qui m’a amené à dire que celui qui est Québécois d’abord devrait voter Bloc, car c’est le seul parti qui met les intérêts du Québec avant ceux du reste du Canada. J’admets que le choix des mots aurait pu être plus heureux mais sur le fond cela me semble incontestable.

Le Bloc est d’ailleurs le seul parti qui n’as pas voté la constitution qui nous exclut et qui n’a pas voté l’infâme loi Dion contre le droit du Québec à disposer de lui-même, loi conçue et votée par le parti pour lequel M. Coulon a été candidat.

Que cela plaise ou non à M. Coulon et aux éditorialistes du Canada, les Québécois ont leurs intérêts, leurs valeurs et leurs droits. Pensons au financement fédéral pour le projet de Churchill Falls. Pensons à la réouverture du chantier maritime Davie à Lévis. Dans ces deux cas, les intérêts du Canada semblent exclure ceux du Québec. Et que dire de la volonté d’Ottawa de réduire le poids politique du Québec à la Chambre des Communes ?

Les fédéralistes ont droit à leurs opinions et font leurs choix, mais je n’accepte pas qu’on travestisse mes paroles et qu’on m’accuse, comme M. Coulon, de « terrorisme intellectuel ». Je laisserai le lecteur juge et je ne succomberai pas à cette tentative d’intimidation.

Je m’engage à continuer à inciter les Québécois à agir politiquement de façon la plus conséquente et la plus fructueuse pour eux et pour tout le Québec. Cela est d’autant plus important que le Québec a perdu plusieurs de ses meilleurs défenseurs à Ottawa. Néanmoins, lorsque que les députés fédéraux du Québec seront du côté des intérêts des Québécois, lorsqu’ils défendront les consensus de l’Assemblée nationale, ils nous trouveront à leurs côtés; Pauline Marois, moi et tout le Parti Québécois. C’est une responsabilité que nous comptons assumer pleinement, quoiqu’en disent ceux qui se réjouissent de l’affaiblissement du Québec.

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