Réaction au discours du Trône à Ottawa | Bernard Drainville - Député de Marie-Victorin - Parti Québécois
Autres nouvelles — 08 juin 2011

Stephen Harper

Le discours du Trône a été prononcé aujourd’hui à la Chambre des Communes. Comme nous nous y attendions, le gouvernement – maintenant majoritaire – de Stephen Harper n’y est pas allé de main morte dans plusieurs dossiers. Nous insisterons ici sur quatre d’entre eux, qui revêtent une importance particulière pour les Québécois, et qui font à peu près consensus ici : le registre des armes à feu, le poids du Québec aux Communes, la réforme du Sénat et la façon d’administrer la justice.

Le registre des armes à feu

Tous les partis à l’Assemblée nationale du Québec croient à ce registre et souhaitent son maintien. Il est plus qu’utile pour empêcher des drames comme celui de la Polytechnique. Les policiers y croient, la population y croit. Bref, le registre doit être maintenu, et nous l’avons à maintes reprises signifié à Ottawa, qui fait pourtant la sourde oreille.

Que devrions-nous faire si le gouvernement Harper s’entête à vouloir le démanteler ? Rapatrier le registre au Québec, le prendre à notre compte sur notre territoire. Nous le gérerons nous-mêmes et, ainsi, sauverons des vies. Nous devons négocier une entente avec Ottawa en ce sens, et ce, rapidement.

Le poids politique du Québec aux Communes

Le gouvernement Harper se targue d’avoir reconnu le Québec comme étant une nation… Mais y croit-il vraiment ? Qu’en est-il, dans les faits ?

M. Harper a obtenu sa majorité sans l’appui du Québec, et il en a pris bonne note. La réalité, c’est qu’il souhaite réduire le poids politique du Québec au Parlement fédéral, le faisant passer de 24 % à 22 %. Petit à petit, on nous tasse dans le coin, on nous marginalise. Et ça ne risque pas de s’améliorer dans l’avenir. Le gouvernement Harper sera libre de mettre de l’avant toutes les mesures qui lui plaisent – et qui plaisent à sa base conservatrice – sans que le Québec ait un mot à dire. Cela me semble particulièrement inquiétant. Jean Charest va-t-il monter le ton ?

J’ose dire que dans le pays du Québec, le poids politique des Québécois serait de 100 %…

La réforme du Sénat

Autre point de discorde, Stephen Harper souhaite réformer le Sénat. Ici, la position du Québec est fort simple. Nous croyons que cette institution, héritée de l’époque coloniale, a fait son temps depuis fort longtemps. Le Sénat canadien est une anomalie démocratique. Il permet au pouvoir en place à Ottawa de nommer des amis du parti ou des candidats défaits aux élections. Il en coûte plus de 100 millions de dollars par année aux bons contribuables. Il doit être aboli, comme le Québec a aboli le sien en 1968. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, comme on dit.

La justice « à l’américaine »

Depuis sa première élection, en 2006, Stephen Harper a fait de « la loi et l’ordre » soncredo par excellence. C’est bien connu ; en matière de justice, il s’inspire des politiques autoritaires et intransigeantes des États-Unis. N’a-t-il pas vu, constaté, que cette idéologie fondée sur la répression ne fonctionnait pas ? Qu’elle nous coûtait toujours de plus en plus cher, et qu’elle ne faisait en rien diminuer la criminalité ? Non. Il s’entête.

Au Québec, nous ne voulons pas de cette justice « à l’américaine ». Nous voulons autre chose.

J’aurais pu ajouter à cette liste la volonté réaffirmée par Stephen Harper, aujourd’hui, de créer une commission canadienne des valeurs mobilières et de financer Terre-Neuve pour le Lower-Churchill. Sur toutes ces questions, les positions du Québec et celles du Canada de Stephen Harper sont diamétralement opposées. Les Canadiens du ROC (Rest of Canada) ont voté pour ce programme.

Nous ne pouvons nous tourner vers Jean Charest pour défendre les intérêts du Québec et les valeurs québécoises. C’est un gouvernement usé à la corde qui n’a aucun rapport de force avec Ottawa. Le Parti Québécois, lui, a le rapport de force que lui donne sa volonté de faire du Québec un pays. Jusqu’au jour de notre indépendance, nous ne cesserons de défendre et de protéger notre nation. Elle est notre seule loyauté.

Bernard Drainville

Le 3 juin 2011

**AJOUT**

Quelques précisions sur la justice « à l’américaine »

Certaines personnes m’ont demandé de préciser ma pensée sur la tendance du gouvernement conservateur à implanter un système de justice « à l’américaine » au Canada.

D’abord, une nuance s’impose. Aux États-Unis, ce sont les États fédérés qui ont compétence en matière de droit criminel. Ce qui fait que d’un État à l’autre, les systèmes de justice peuvent varier considérablement. Toutefois, dans l’ensemble, le système de justice américain est considéré comme étant très dur (lorsqu’on le compare avec celui des autres pays démocratiques).

Dans plusieurs États, la réhabilitation n’y est pas considérée comme une priorité. L’accent est mis d’abord sur la répression et l’incarcération comme méthodes de lutte à la criminalité. Voilà ce à quoi je fais référence quand je parle de justice « à l’américaine ».

Cette vision du système judiciaire est celle que veulent importer les Conservateurs. Maintenant qu’ils sont majoritaires, ils ont le pouvoir et les moyens pour réaliser cette ambition. Pourtant, la plupart des études criminologiques démontrent bien la faillite d’une telle approche. Les États américains qui sont les plus répressifs sont souvent ceux qui connaissent aussi les plus hauts taux de criminalité. C’est l’évidence même : faire croupir des criminels endurcis dans des prisons surpeuplées sans favoriser leur réhabilitation, c’est une recette éprouvée pour augmenter la criminalité. Surtout dans le cas des jeunes. Les juger comme des adultes, les envoyer en prison avec des criminels endurcis, c’est les condamner à la criminalité pour le reste de leur vie.

Au Québec, nous avons une vision différente des choses. Nous sommes conscients qu’il faille punir les criminels, protéger la société de leurs actes, et ce, tout en affirmant les droits des victimes. Nous avons toutefois compris, depuis un certains temps déjà, que la répression et la prison ne suffisent pas dans la lutte à la criminalité. Parfois, même, trop de répression a l’effet inverse. La preuve en est que, malgré quelques erreurs tragiques de notre système de justice, le Québec est une société qui connaît beaucoup moins de crimes violents que bien des États américains : certaines données indiquent même que le Québec connaîtrait 3,7 fois moins de crimes violents que les États-Unis (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/bs53871, page 8).

Comme porte-parole de l’opposition officielle en matière d’affaires intergouvernementales, je continuerai à porter les valeurs québécoises. Je vais les affirmer haut et fort à la face du gouvernement Harper qui, en ce qui a trait à la justice, a fait le choix regrettable de l’idéologie et du populisme, sans égard aux conséquences que cela pourrait avoir pour le Québec.

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