Financement des partis politiques : pour une politique du bien commun | Bernard Drainville - Député de Marie-Victorin - Parti Québécois
À l'Assemblée nationale — 10 mai 2012

Hier, le Parti Québécois déposait une motion pour limiter à 100 $ par personne le financement des partis politiques et instaurer un véritable financement public des partis politiques. Voici le texte de l’allocution que j’ai présentée :

***

La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin): Alors, je vous remercie, M. le député de Chambly. Je cède maintenant la parole à M. le député de Marie-Victorin pour son temps de réplique de 10 minutes. M. le député.

M. Drainville: Mme la Présidente, il faut mener une politique du bien commun. Il faut mener une politique morale, et ça passe par l’assainissement du financement des partis politiques. Tous les partis sont interpellés par notre motion, à plus forte raison, celui qui est présentement au gouvernement, le parti duquel ont émané les affaires et les scandales des neuf dernières années. Tous les partis politiques, tous les élus de cette Chambre ont intérêt a réformer notre système de financement des partis politiques parce que la mise en oeuvre de nos programmes politiques respectifs, la mise en oeuvre de la vision de chacun des cinq partis présents en cette Chambre repose sur notre capacité à convaincre nos concitoyens, repose sur notre capacité à gagner leur confiance. Or, nos concitoyens ont perdu confiance en nous, ils ont perdu confiance en notre capacité de faire de la politique intègre, honnête, propre. On peut le déplorer, Mme la Présidente, on peut trouver ça injuste, mais les faits ont la tête dure, et notre crédibilité comme hommes et femmes politiques a atteint le même niveau que les vendeurs de chars usagés.

Si on veut être capables de convaincre, de mener à bien les grandes transformation qu’appelle le Québec d’aujourd’hui, il faut regagner la confiance de notre population, il faut regagner la confiance de notre peuple. Si on veut qu’il nous suive dans les grandes réformes, dans les grands chantiers qu’on leur propose aujourd’hui, qu’on leur proposera demain, il faut qu’ils croient en nous, Mme la Présidente. Il faut qu’ils aient confiance en nous. Et, pour ça, il faut absolument, impérativement réformer le mode de financement des partis politiques. Il faut urgemment écarter les partis politiques des tentations de l’argent, des tentations du pouvoir de l’argent et donc de ceux qui en ont beaucoup. Pas parce qu’il est mal d’avoir de l’argent, mais parce qu’il est mal de s’en servir pour nous détourner de l’intérêt public. Parce qu’il est mal de s’en servir pour pervertir nos institutions démocratiques.

Dans son tout premier discours inaugural du 8 mars 1977, René Lévesque tenait, ici même, en cette Chambre, ces propos qui sont criants d’actualité. Je le cite: «Dans le fonctionnement d’une société démocratique, il n’est probablement rien de plus indispensable que la crédibilité des institutions politiques et celle des partis qui se forment en vue d’en assumer la direction. Cette crédibilité, les sondages ne sont pas seuls à nous apprendre qu’elle est dangereusement entamée par les temps qui courent. Nous aurons donc, en priorité, à la renforcer sur le plan national par des lois qui régiront strictement les caisses électorales et qui augmenteront du même coup le financement public des activités essentielles des partis, mais tout en facilitant aussi la participation populaire à ce financement de l’action politique.» Fin de citation, Mme la Présidente.

C’est exactement ce que nous voulons réaliser avec la proposition à 100 $. Un financement à 100 $ des partis politiques, c’est la condition sine qua none pour éliminer une fois pour toutes l’influence des grands collecteurs de fonds. Un financement à 100 $, un financement authentiquement populaire, c’est la condition sine qua none pour garantir une fois pour toutes à la majorité le contrôle de ces partis politiques. Un financement à 100 $ s’appuyant sur un financement essentiellement public, c’est la condition sine qua none pour contrecarrer une fois pour toutes l’influence des grands lobbys. C’est une grande réforme démocratique à laquelle nous sommes conviés aujourd’hui. Et tout ça à coût nul pour les contribuables. Cette mesure, que nous présentons, c’est une bonne mesure. Elle devrait être appuyée par chaque parti présent en cette Chambre et, plus encore, par chaque élu présent en cette Chambre. Parce qu’au delà de nos familles partisanes, nous sommes les représentants du peuple. Avant d’être souverainistes ou fédéralistes, avant d’être de gauche, de centre ou de droite, avant d’être péquistes, libéraux, caquistes, solidaires ou onistes, nous sommes des députés, nous sommes des députés élus pour faire le bien, élus pour représenter au meilleur de nos capacités les intérêts de nos concitoyens. C’est notre première motivation de faire le bien, j’en ai la conviction profonde, Mme la Présidente. Que nous ayons été dans certains cas détournés de la recherche du bien public tient moins à notre nature profonde qu’aux tentations propres à un système qui laisse encore trop de place aux intérêts d’argent.

Mme la Présidente, nos concitoyens demandent à être rassurés sur notre probité. Ils demandent à croire que la politique peut être encore belle, qu’elle peut être vraie, intègre, porteuse d’avenir, porteuse de changements bénéfiques pour l’ensemble de la société québécoise. Le moment est venu, Mme la Présidente, de s’élever au-dessus des intérêts partisans et de se donner la main au nom de l’intérêt public. Il est temps, Mme la Présidente, de donner à la politique québécoise un petit supplément d’âme. Il est temps de donner à la politique québécoise un petit supplément d’âme, et c’est ce que permettrait cette motion, Mme la Présidente, c’est ce que permettrait l’adoption de cette motion.

Moi non plus, je ne me fais pas trop d’illusions, Mme la Présidente, sur le vote de nos collègues d’en face, mais les invite quand même à s’élever au-dessus des familles partisanes. Je les invite à faire preuve du sens des responsabilités, à faire preuve du sens de l’État que les Québécois attendent de nous, en particulier ces temps-ci, Mme la Présidente. Notre démocratie a besoin de nous. Je le pense sincèrement. Nos concitoyens nous regardent et ils nous demandent d’agir, ils nous demandent d’agir pour retrouver confiance. Ils nous demandent d’agir pour rebâtir le lien de confiance entre eux-mêmes et nous, leurs représentants, ils nous demandent de rebâtir le lien de confiance pour mettre fin au cynisme qui nous empêche de voir loin, le cynisme qui trop souvent mène au découragement, le cynisme qui mène au défaitisme, le cynisme qui parfois, trop souvent, nous empêche d’envisager l’avenir ouvert, positif, constructif.

Sincèrement, Mme la Présidente, peut-être qu’ils vont voter non aujourd’hui, mais je les invite quand même à réfléchir, chacun de leur côté, et à se demander, dans leur âme et conscience, si ce ne serait pas une très bonne chose, si ce ne serait pas une très bonne chose pour la démocratie québécoise de mettre en place un système comme celui-là, un système de financement des partis qui soit authentiquement populaire, qui soit essentiellement public et qui soit profondément démocratique. Je leur demande, dans leur âme et conscience, de faire un petit bout de chemin, puis peut-être qu’un jour, Mme la Présidente, on sera capable de faire l’unanimité autour d’une mesure comme celle que nous proposons aujourd’hui.

Mais je me réjouis quand même, Mme la Présidente, il semble bien que Québec solidaire, Option nationale, la Coalition pour l’avenir du Québec appuieront la mesure qui est mise de l’avant, aujourd’hui. C’est quand même un bon bout de chemin, Mme la Présidente. Il y a quatre des cinq formations politiques qui sont présentes en cette Chambre qui appuient cette mesure. C’est franchement dommage que le parti au pouvoir ne le fasse pas, mais ne désespérons pas, Mme la Présidente. Peut-être qu’à force d’être confrontés aux vicissitudes du système actuel, hein?, aux affaires, aux manchettes, aux reportages, aux enquêtes, aux scandales. Peut-être qu’à un moment donné, Mme la Présidente, ils seront prêts à voter avec nous pour mettre en place un système comme celui-là, parce que, sincèrement, Mme la Présidente, je pense que c’est notre responsabilité, à nous tous, de procéder à cette grande transformation, à ce nouveau grand chantier sur le financement des partis et à finir le travail que René Lévesque et le premier gouvernement du Parti québécois a entamé il y a 35 ans. Merci beaucoup, Mme la présidente.

La Vice-Présidente (Mme Houda-Pepin): Alors, je vous remercie, M. le député de Marie-Victorin. Je vais maintenant mettre aux voix la motion de M. le député de Marie-Victorin, qui se lit comme suit:

«Conformément au programme du Parti québécois, adopté lors du congrès national du 17 avril 2011, que l’Assemblée nationale exige que les règles de financement des partis politiques soient modifiées afin que la contribution annuelle maximale par électeur soit de 100 $.»

***

Résultat du vote sur la motion : la CAQ, Option nationale et Québec solidaire ont voté POUR. Seuls les députés du Parti libéral ont voté CONTRE. Chose certaine, c’est une belle occasion manquée pour le gouvernement de faire preuve du sens de la responsabilité et du sens de l’État.

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